Mulcair vote libéral au provincial : Allons vers la droite, Trudeau y est bien!

7 avril 2014 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

On comprend bien la logique qui a poussé Mulcair à affirmer haut et fort qu’il a eu l’honneur de voter pour le candidat libéral aux élections provinciales du Québec. En effet, comment aurait-il pu faire autrement sans créer une vague d’horreur et de dégoût dans le ROC? Pourtant, on pourrait espérer qu’après plus de 50 ans de vie politique le NPD aurait quelques stratèges plus fins et plus lucides que celui qui a proposé cette stratégie particulièrement insultante et répugnante pour les quelques progressistes qui restent dans leurs rangs.

Comment réconcilier l’idée que le chef du NPD, qui se dit encore progressiste, se permette d’affirmer qu’il vote pour un parti dont l’histoire a maintes fois démontrée à quel point ils méprisent les travailleurs et les assistés sociaux? Comme quoi, lorsqu’il est question de garder une place de choix près du pouvoir, la Real politik dilue toutes les convictions. Il faut tout de même admettre que, depuis plusieurs années maintenant le NPD prend un large virage sur sa droite. Que ce soit sur la question autochtone, sur l’importance accordée aux «working families» (il faut à tout prix éviter les assistés sociaux), de l’environnement, de la question palestinienne (Svend Robinson ne doit plus avoir beaucoup d’amis au NPD), il n’est vraiment plus question de changer quoi que ce soit avec le NPD. À la rigueur, ils travailleront à conserver les programmes qui n’ont pas encore été détruits par les conservateurs et à réduire les taux d’intérêt sur nos cartes de crédit, mais au-delà de ça… Rien de bien enlevant comme programme.

Bien entendu, je sais que le pouvoir, sa prise et son maintien exigent de dire tout et son contraire afin d’espérer séduire le plus grand nombre d’électeurs (est-ce Brel qui disait, la démocratie permet à 11 imbéciles d’avoir raison sur 10 philosophes?), mais il me demeure impossible de comprendre l’objectif de prendre le pouvoir si c’est pour en faire exactement ce que tous les autres partis en feraient!

Encore une fois, je comprends que Mulcair ne pouvait dire qu’il votait QS parce que le ROC demeure incapable de comprendre que les souverainistes ne sont pas que des vampires assoiffés de péréquation qui, s’ils font bien de la bonne musique, veulent briser leur beau pays. Je comprends aussi que s’il avait eu son cher NPD-Québec, la question ne se serait pas posée. Cela dit, n’aurait-il pas pu faire acte de pédagogue? N’aurait-il pas pu en profiter pour expliquer un peu le paysage politique québécois à nos amis du ROC pour ensuite voter en silence, ou voter vert, ou voter nul. Mais franchement, soutenir qu’il vote libéral parce qu’il y un bon candidat libéral dans sa circonscription, personne n’est dupe!



Sources :

  • http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/electionsquebec2014/archives/2014/04/20140406-164734.html
  • http://rabble.ca/news/2012/02/why-ndp-silence-palestine

Les politiques comme de simples gestionnaires des «affaires» publiques

5 avril 2014 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

Le choix de Valls en France et l’accent mis sur la saine gestion dans la présente campagne électorale au Québec montrent bien à quel point les attentes en lien avec les capacités de gestionnaires de nos politiciens ont pris le dessus sur à peu près tout autre impératif. En effet, alors que la logique voudrait que le choix d’un gouvernement soit un choix idéologique fait en fonction d’idées, d’une vision de la société à construire, le choix semble se faire de plus en plus en fonction des compétences d’administrateur des politiciens. Or, pour gérer l’État, les politiciens ne pourraient-ils pas profiter des services d’administrateurs professionnels (sous-ministres, fonctionnaires, etc.)? Si les politiciens se réduisent à de simples gestionnaires et ne présentent plus aucune vision du monde à créer et que les fonctionnaires (par définition) ne peuvent pas non plus jouer ce rôle, qui gouverne vraiment?


À ce sujet, et au sujet de cette logique de l’administration, voici un extrait d’intérêt du Monde de ce matin :

Conformément aux préceptes de la gouvernance entrepreneuriale, seule l’efficacité distingue l’excellent manager. Quant à son évaluation, elle est affaire de benchmarking, soit d’une comparaison des performances de chacun à l’aune d’un panel de résultats chiffrés. Dans le champ politique, les chiffres incluent la cote de popularité, le volume des investissements étrangers et le taux d’intérêt de la dette publique. En outre, pour motiver les hommes, le benchmarking suppose l’identification d’un exécutant modèle. Ainsi l’alliage du coup de menton « vallsien » et de la marinière « montebourgeoise » a-t-il été formé pour faire concurrence au manager du mois – le fringant Matteo Renzi, le premier ministre de la Péninsule qui promet de rendre la confiance aux Italiens sans perdre celle des investisseurs. Manuel Valls et son acolyte seront-ils à la hauteur de la tâche ? Seront-ils capables, au bout du compte, de damer le pion à l’équipe sélectionnée par l’UMP ? Il est permis d’en douter.



 


Quelle gauche Manuel Valls incarne-t-il ?
Philosophe, président de l’association Cette France-là Michel Feher
Le Monde
avr. 5 2014

L’état d’esprit de François Hollande au soir du second tour des élections municipales, c’est Alain Juppé qui l’exprimait le mieux. Si les électeurs ont infligé une déroute à la majorité présidentielle, expliquait l’ancien premier ministre, « [ce] n’est…lisez plus…

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Différence entre leader et gestionnaire

26 mars 2014 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

Burns (1978) describes managers as transactors and leaders as transformers. Managers concern themselves with procurement, coordination and distribution of human and material resources needed by an organization (Ubben and Hughes, 1987). Leaders facilitate the identification of organizational goals. They initiate the development of a vision of what their organization is about:
Management controls, arranges, does things right; leadership unleashes energy, sets the vision so we do the right thing (Bennis and Nanus, 1985, p. 21).

– Kurland, H., Peretz, H., & Hertz-Lazarowitz, R. (2010). Leadership style and organizational learning: the mediate effect of school vision. Journal of Educational Administration, 48(1), 7–30. doi:10.1108/09578231011015395

plus un discours s’adresse aux sens, moins il s’adresse à l’intellect

23 mars 2014 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

Mais, à présent, le discours n’était pas seulement devenu plus important qu’avant, il s’était aussi, par nécessité, radicalement transformé. En s’adressant à tous et non plus à des représentants élus du peuple, il devait aussi être compris de tous et, par conséquent, devenir plus populaire. Ce qui est populaire, c’est le concret; plus un discours s’adresse aux sens, moins il s’adresse à l’intellect, plus il est populaire. Il franchit la frontière qui sépare la popularité de la démagogie ou de la séduction d’un peuple dès lors qu’il passe délibérément du soulagement de l’intellect à sa mise hors circuit et à son engourdissement.


– Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, 1947.

De minuscules doses d’arsenic

23 mars 2014 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception.

Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. On a coutume de prendre ce distique de Schiller, qui parle de la «langue cultivée qui poétise et pense à ta place», dans un sens purement esthétique et, pour ainsi dire, anodin. Un vers réussi, dans une «langue cultivée», ne prouve en rien la force poétique de celui qui l’a trouvé; il n’est pas si difficile, dans une éminemment cultivée, de se donner l’air d’un poète et d’un penseur.

Mais la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment à elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue cultivée est constituée d’éléments toxiques ou si l’on en a fait le vecteur de substances toxiques? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. Si quelqu’un, au lieu d’«héroïque et vertueux», dit pendant assez longtemps «fanatique», il finira par croire vraiment qu’un fanatique est un héros vertueux et que, sans fanatisme, on ne peut pas être un héros.

– Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, 1947.

Avons-nous des exemples de ces minuscules doses d’arsenic? Il est possible de penser, rapidement, à :

  • Client plutôt qu’élève ou étudiant
  • Boycott étudiant
  • Gouvernance
  • Efficience
  • «Rien ne nous permet de déclarer cette manifestation légale»
  • Pédagogique
  • etc.

Une réelle littératie, c’est donner du pouvoir

24 novembre 2013 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

« Proper literacy enhences people’s controle controle over their lives and their capacity for dealing rationally with decisions by enabling them to identify, understand, and to act to transform, social relations and pratices in which power is structured unequally… Improper literacy either fails to promote, or else actively impedes, such understanding and action.»

– Colin Lankshear et Moira Lawler (1987). Literacy, Schooling and Revolution, London: Falmer, page 74.

Technique de propagation d’une idéologie – Berlusconi au Québec

21 novembre 2013 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

«Le berlusconisme a été savamment inoculé à la société italienne par la voie des médias et le concours d’intellectuels thuriféraires du pouvoir. Toutes proportions gardées et en excluant que l’on puisse reproduire ici un phénomène lié à une histoire et à des traits identitaires qui ne sont pas les nôtres (comme certains s’évertuent, à tort, à le faire dans le cas de l’islamisme), l’expérience italienne peut par contre nous éclairer au moins sur un aspect : la technique de propagation d’une idéologie. Depuis au moins une décennie, nous assistons, au Québec, non sans perplexité, à une campagne menée sur toutes les tribunes en faveur du nationalisme conservateur. En plus de reproposer, après un assez long séjour dans les limbes de l’histoire, la figure du Canadien français, aux couleurs sépia et aux accents groulciens, comme socle identitaire, les défenseurs de cette idéologie passéiste et revancharde poursuivent, avec une ferveur de croisés, la chimère d’un Québec assimilationniste. Il faudrait que ces hérauts d’un temps révolu nous expliquent pourquoi l’assimilation, que les francophones d’Amérique ont combattue avec tant de détermination, serait souhaitable pour les immigrants.»

– Marco Micone (2013). «Italie – Le berlusconisme survivra-t-il au «Cavaliere»?», LeDevoir, 2013-11-20, http://www.ledevoir.com/international/europe/393124/le-berlusconisme-un-danger-pour-la-democratie

La pédagogie n’est pas faite pour les «gagnants»

4 août 2013 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

Allez, avouons-le franchement: la pédagogie n’est pas faite pour les « gagnants ». Ce n’est pas une « affaire d’hommes », de « vrais »! On la tolère en maternelle, on se résigne à y faire appel pour les tout jeunes enfants, les oubliés de la croissance et les handicapés de la vie. Mais, pour les autres, bon sang, foin de ces prothèses et de ces fadaises! Un peu de tenue s’il vous plaît! Silence et garde-à-vous devant Verlaine, Mercator et Pythagore! Puisqu’on vous dit que c’est important, qu’il suffit de vous rendre spirituellement disponibles, d’oublier tout ce que cous vivez par ailleurs, de partir en classe comme au combat… de vous comporter en mec, quoi! Halte au compassionnisme féminin, aux gesticulations des vieux pédophiles, aux bricolages des éclopés de la science reconvertis en didactiques! Vive les enseignants décomplexés! (p. 41)

– Meirieu, P. (2008). Pédagogie : le devoir de résister. ESF Editeur. page 41.

Les antipédagogues sont des incompétents…

4 août 2013 par Charles-Antoine Bachand Pas de commentaires »

Enfin et, peut-être tout simplement, les antipédagogues sont des incompétents : en effet, ce n’est pas parce qu’on met l’élève en position de « construire son propre savoir » qu’on abolit l’autorité de maître. Bien au contraire : pour mettre en place une situation où l’élève va, grâce aux consignes et aux ressources qu’on lui fournit, travailler vraiment « dans sa tête » à élaborer des connaissances, il faut que le professeur maîtrise parfaitement ces dernières. Plus encore : il faut qu’il prospecte, parmi tous les documents et toutes les méthodes à sa disposition, ceux et celles qui vont pouvoir être les plus efficaces. Aucune abdication de l’autorité, pas le moindre soupçon de non-directivité… En revanche, l’enseignant qui se contente de « faire cours », sans s’assurer de l’activité intellectuelle de chacun de ses élèves, est vraiment, lui, non-directif : il parle… ceux qui peuvent et veulent suivent; les autres rêvent ou font autre chose malgré les rappels réguliers et pathétiques à l’attention: « Écoutez-moi donc… C’est important… »

– Meirieu, P. (2008). Pédagogie : le devoir de résister. ESF Editeur. (p. 40)

Deux méthodes pour changer l’école…

4 août 2013 par Charles-Antoine Bachand 5 commentaires »

« Il y a deux voies qui s’ouvrent à ceux qui veulent transformer l’école. Étudier les enfants et prouver scientifiquement que les modèles d’éducation actuels sont défectueux, et doivent être changés. Ou bien, fonder des écoles dans lesquels les principes sont directement appliqués au service de leur idéal. La première méthode offre de grands avantages, est en harmonie et correspond à la façon progressive dont les hommes de sciences pensent arriver à leurs buts. Ils ont théoriquement raison […]. Néanmoins je ne crois pas que ceux qui veulent travailler à la régénération de l’humanité aient beaucoup à attendre de cette voie. Les dirigeants ont toujours pris soin de contrôler l’éducation du peuple; ils savent mieux que quiconque que leur pouvoir repose entièrement sur l’école et c’est pourquoi ils insistent pour en garder le monopole. » (p. 47-48)

– Ferrer in. Chambat (2011)