Beauvois, vie sociale et individualité

5 mai 2005 par Charles-Antoine Bachand Laisser une réponse »

Un billet de M. Guité me fait penser à ce texte de Beauvois que je suis à lire…

« En effet, les deux vices cachés de notre vie collective que je vais décrire doivent nous inciter à revoir notre conception de l’individualité et de la beauté d’icelle. On a trop oublié que l’individualité des hommes, une construction sociale, ne peut logiquement valoir que ce que vaut le sort que leur réserve la vie sociale. Contrairement à ce qu’on nous serine depuis si longtemps pour calmer un peu nos humeurs et nos amertumes par un truisme douteux, des nullités sociales ne peuvent s’avérer des individualités lumineuses. Dieu ne l’a pas voulu. Si Dupont passe sa vie sociale à obéir, toute frime mise à part, il ne peut revendiquer une individualité, une vie privée et une appréhension du monde et de lui-même que de soumis. Même lorsqu’il vote, consomme ou exerce les menues libertés que lui offre le politique. Sa liberté sera celle qu’on accorde aux soumis. Au mieux, celle des gladiateurs. Mais tous ne sont pas Spartacus. Or, nous sommes encore des nullités sociales, ce qu’on veut à tout prix nous faire oublier en nous enfermant et en nous proposant de ne vivre notre splendeur que dans le cocon facile à décorer et à enluminer de notre vie soi-disant privée (mais de fait ouverte à tous les vents). »

Jean-Léon Beauvois (2005). Les illusions libérales: individualisme et pouvoir social, Grenoble:PUG, 423 pages.

Une des plus précieuses découvertes que m’ont permis les copains du forum Psychologie-sociale.org.

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