Quelques citations que j’aime d’un livre découvert grâce à Languirand et ses Quatre chemins
Yves Paccalet (2006). L’humanité disparaîtra, bon débarras, Éditions Arthaud.
Le kamikaze endoctriné, dont on a reformaté la cervelle au point qu’il se fait lui-même exploser les boyaux (et la tête, alouette!), est le plus bel exemple de ce que nous incarnons. Aucun chimpanzé, aucun orang-outan, aucun gorille n’irait se suicider pour l’empereur du Japon des singes ou pour le Ben Laden des anthropoïdes!
Le grand frisson du terrorisme naît de la perception aiguë du pouvoir qu’il exerce sur ses semblables au moment d’infliger la mort. Dix, cent, mille victimes d’un coup: un avant-goût de la puissance divine! Le tueur en série éprouve la même excitation. Adrénaline et dopamine, pour un éclair de jouissance… (p. 106)
une guerre nucléaire anéantirait-elle toute vie sur Terre? Ce n,est pas sûr… Des cafards, des termites, des crustacés, des scorpions, des araignées pourraient réchapper: ces invertébrés supportent d’énormes doses de radiations , et leur métabolisme leur autorise de longs jeûnes. À tout le moins, des bactéries et des cyanophycées (ou algues bleues) se perpétueraient. La biosphère ressemblerait à nouveau à ce qu’elle fut pendant trois milliards d’années: composée de microbes.
Supposons qu’après quelques millions d’années certains de ces rescapés évoluent derechef en animaux complexes.
Verrait-on apparaître une nouvelle lignée intelligente et sociable? Je me plais à penser que oui.
J’aime croire que nos homologues retrouveront la trace du cataclysme que nous aurons déclenché contre nous-mêmes.
Et qu’ils riront jusqu’à l’extinction du Soleil de notre incommensurable stupidité. (p. 131)
Lorsque je dénonce le saccage des récifs et des mangroves, je ne défends pas uniquement la biodiversité des océans, mais la sécurité de mes congénères: les raz de marée provoquent davatage de morts et de blessés lorsque les remparts naturels des rivages sont détruits. Même démarche lorsque je m’élève contre la destruction des forêts: elle aggrave les inondations et l’avancée des déserts. Pourquoi déploré-je avec tant de vigueur nos pollutions agricoles, industrielles et domestiques? Parce qu’elles nous reviennent tôt ou tard à la figure et dans la chair (plus pernicieuses encore pour nos enfants), avec l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les aliments que nous ingérons. Pourquoi suis-je inquiet du réchauffement climatiques dû à notre boulimie de combustibles fossiles? Parce que, chaque fois que nous injectons de l’énergie dans l’atmosphère, nous accroissons de façon mesurable, selon les lois de la thermodynamique, la puissance destructrice des inondations, des sécheresses, des typhons, des cyclones et des tornades. (p. 137-138)
au cours de ce combat, et contrairement à ce qu’affirme la caricature du darwinisme que vendent les idéologues du capitalisme brutal (les plus virulents carburent au pétrole du Texas), la force pure ne constitue pas le meilleur argument. Plus efficaces sont le commensalisme, le mutualisme et la symbiose. La stratégie associative. La coopération La communauté de destins…
L’espèce humaine a incarné l’une des plus aptes, parce que l’une des plus sociables. Grâce à son gros cerveau et son organisation, elle a crû, elles s’est multipliée, elle a dominé. Mais elle dérape. Elle n’est plus adaptée à son environnement. Elle jure, elle détonne sur sa planète. Maints indices suggèrent qu’elle a fait son temps, au moins dans configuration actuelle. J’ignore si elle pourra en acquérir une autre. (p. 140)
Je n’insiste pas sur les dangers des pollutions de l’air. Ils sont aussi nombreux que les cent mille molécules inventées par l’industrie, et qui partent dans le vent avant de nous revenir aux poumons. Dans bien des endroits, c’est comme si tout une population, bébés compris, fumait dix cigarettes par jour; sachant que certains y ajoutent leur paquet réglementaire! (p. 175)
En extrapolant à partir des tendances actuelles, il semble probable que nous élèveront la température moyenne, à la surface de la Terre, de deux à quatre degrés Celsius d’ici 2050, et de quatre à huit d’ici 2100. Il se pourrait que ce soit un peu moins: rêvons d’une humanité prudente! En réalité, je crois (avec la plupart des climatologues) que nous serons dans la tranche la plus haute du modèle. Jusqu’ici, les projections des spécialistes ne tenaient pas compte de l’envolée économique de la Chine, de l’Inde ou du Brésil. Non seulement nous brûlerons tout le pétrole et tout le gaz naturel disponibles — et en moins de temps que nous ne le pensions —, mais nous recourrons massivement au charbon, aux naphtes lourds, aux schistes bitumineux et aux sables asphaltiques, dont la combustion dégage beaucoup plus de CO2 que les hydrocarbures légers. (p. 178)
S’il fait plus chaud, les mers s’évaporent: or, la vapeur d’eau est elle-même un gaz à effet de serre. Le dégel du parmafrost, dans les toundras du Grand Nord, libère de fantastiques quantités de méthane (un autre gaz à effet de serre, vingt-trois fois plus efficace dans ce rôle que le gaz carbonnique).
Les fonds marins recèlent du méthane à basse température, solidifié en clathrate; si les mers se réchauffent, ce composé rejoint l’atmosphère et la situation empire. (p. 180)
Dans sa version écologiste, l’utopie de Mai Soixante-huit avait agité l’idée que la croissance indéfinie est impossible sur une planète aux ressources limitées; qu’il s’agit d’un leurre; qu’il vaudrait mieux chercher la solution dans une «croissance zéro», tempérée par une plus juste répartition des richesses. Je suis intimement persuadé que cette idée est bonne; et même (si nous voulons nous donnes une petite chance de survivre) qu’il faut la pousser plus loin.
Nous ne nous en tirerons que par la vertu d’une décroissance raisonnable.
Sauf que c’est impossible, parce que personne n’en veut. (p. 186)
En ce début de vingt et unième siècle, si tous les hommes consommaient comme les Européens, il ne nous faudrait pas moins de trois planètes pour satisfaire nos besoins. S’ils avaient le mode de vie américain, il nous en faudrait six.
Question : où tournent les cinq planètes qui nous manquent? (p. 188)
Si l’humanité s’éteignait, la vie continuerait sans elle et sans aucun problème. nulle morale, là-dedans. Nous ne sommes indispensables à personne, sauf à nous-mêmes. l’homme n’est pas l’unique valeur, contrairement à ce que pensent les religieux, les moralistes et les philosophes humanistes. Supposons qu’il me faille choisir entre sauver Hitler et sauver le dernier tigre… À qui porterai-je assistance? L’humanité n’est pas sacrée. (p. 189)