L’ADQ au pouvoir?

13 mars 2007 par Charles-Antoine Bachand Laisser une réponse »

D’aucuns, désillusionnés qu’ils sont du PQ et du PLQ, affiment que l’ADQ pourrait s’avérer un choix intéressant. Malheureusement, si désillusions il ya au sein de la population, l’ADQ ne sera jamais la solution à leurs maux. Je suis convaincu que, si par malheur l’ADQ formait un jour le gouvernement, ce serait la triste histoire d’une tragédie annoncée. Non seulement, l’ADQ formerait un piètre gouvernement, mais s’il existait un indice de souffrance de la population, il atteindrait alors des sommets. Les valeurs d’un parti doivent être le baromètre permettant de les juger. Au Québec, comme le disait Chartrand, le PLQ et le PQ sont sans doute les deux fesses d’un même cul. Malheureusement, l’ADQ s’en tire encore moins bien. Les dangers de la droite pour la santé des honnêtes gens sont documentés.

L’ADQ ne cherche même pas à camouffler son programme sous un lustre de valeurs sociales. Les plus démunis n’ont qu’à bien se tenir! S’ils pensaient souffrir avant, un gouvernement adéquiste saura leur montrer où est la vraie élite. Ce qui étonne cependant, c’est qu’il est, dans les rangs adéquistes des personnes qui ont tout à perdre d’un gouvernement mené par Dumont. Un peu comme ces états-uniens qui croient faire partie des privilégiés (ou croient au rêve de le devenir) en votant républicain. Or un gouvernement adéquiste ne viendra jamais en aide qu’à ceux qui tiennent déjà le haut du pavé.

Quelques extraits de la plateforme adéquiste :

« L’ADQ reconnaît la nécessaire contribution d’une communauté d’affaires vigoureuse et motivée à participer à la création de la richesse québécoise. »

Il est aisé de comprendre pourquoi les entrepreneurs aiment le discours adéquiste. Il demeure que le PLQ garde une longueur d’avance en ce domaine de par son vaste réseau de gens d’affaires.

« L’ADQ croit que la prospérité et la richesse sont des conditions essentielles à l’amélioration du niveau de vie de tous les citoyens et d’une meilleure répartition de la richesse.»

L’ADQ reprend ici le maintenant célèbre mythe selon lequel, économiquement, en haussant le niveau du lac, tous les bateaux en bénéficieront; le mythe selon lequel, lorsque les riches ont plus grande ripaille, les miettes qu’ils laissent tomber au plancher pour les pauvres sont plus grosses. Ce mythe est depuis longtemps tombé en discrédit. Nous avons une croissance économique ininterrompue depuis des décennies et pourtant les milieux communautaires souffrent toujours de manques importants ; pourtant les disparités sociales n’ont de cesse de croître.

« La vision adéquiste prône que l’État doit créer un environnement propice à l’activité économique et non se substituer aux forces vives d’une économie libérale. »

L’État perd son importance, son rôle. L’État doit donc, selon l’ADQ, se réduire à un simple chien de garde de la propriété privée, doit se limiter à adopter des lois favorisant l’entreprise. Les citoyens ? Nulle part. Réduire l’État, cet outil issu du pouvoir de tous les citoyens, à un simple « bodyguard » de l’entreprise est non seulement tout simplement immoral, mais comporte des risques importants. À ce titre, j’aime bien l’exemple de Katrina aux USA. Le pays le plus puissant du monde, à force de politiques néolibérales, s’est retrouvé avec un État si atrophié qu’il leur fut impossible de réagir promptement et, plus d’un an plus tard, il est encore des familles pratiquement sans aide. Malheureusement, je crains que nous n’ayons un besoin vital de l’État dans les prochaines années.

« L’ADQ croit dans le potentiel des Québécois à innover,créer et développer le Québec de demain, si on leur en laisse la liberté. »

Donc, selon l’ADQ, l’État actuel nuirait à la liberté des Québécois. Ma liberté ? En fait, elle nuit à celle de quelques grands entrepreneurs en leur imposant des impôts (qu’ils s’efforcent d’esquiver) et des règles du jeu (toujours trop laxistes). Ce qui paraît ironique, c’est qu’historiquement, ces mêmes industriels ont toujours pu compter sur l’aide d’un État fort sous forme de subventions ou de dons massifs de territoire, ce n’est que tout récemment que les entreprises demandent moins d’État.

« Encourager l’émergence d’entreprises issues du secteur de l’économie sociale et du monde communautaire à travers le projet de modernisation de l’administration publique québécoise. »

Nouvelle mode que cette conception de l’économie sociale capable pallier les faiblesses d’une administration publique centralisée. Cette conception comporte plusieurs dangers (dont certains que j’ai moi-même expérimenté dans les milieux communautaires).

  • Il s’agit en fait de sous-traiter les responsabilités de l’État aux milieux communautaires sans pour autant leur en donner les moyens
  • Le danger d’avoir des services de loin supérieurs là où la communauté a les moyens de contribuer aux organismes de charité

Il est tout de même étonnant de s’entendre dire que la société civile devrait se doter d’outils qui permettent d’aider les citoyens dans le besoin. Or cet outil, il existe déjà! C’est l’État!

« Alléger la réglementation du travail,particulièrement celle qui constitue une contrainte à l’emploi et à la productivité. Donner suite aux Rapports Lemaire qui portent sur l’abus réglementaire à l’égard des entreprises, principalement les PME. »

Hum. Que dire de plus ? Moins de législation balisant les activités des entreprises. Je comprends mal comment on permettra plus de justice sociale ou favorisera le respect de l’environnement sans législation. Les entreprises et leur bon vouloir ?

Voilà quelques indices qui me laissent croire qu’un gouvernement adéquiste serait en fait sensiblement pire que tout autre. Je me bats contre l’idée que toutes les idées se valent en politique. Il est question de la vie des gens. Les politiques adéquistes augmenteraient sensiblement la souffrance des Québécois.

Publicité
  1. Perpmobile dit :

    Et pourtant, nous en voici très proche en ce 26 mars. Que dire d’autre que, de Montréal à son pourtour régional, il n’y a que des différences. En Amérique conservatrice ou en Europe droitiste, le populisme achètera toujours un tiers confortable des votes. Le mythe Dumont n’est que l’écho de celui de Bush, de Harper, des régions urbano-multiculturo-phobes de l’Occident, qui voient leurs investissements libidinaux dans la culture dite "traditionnelle" floués par la perspective d’une acceptation réelle des potentialités individuelles, c’est-à-dire des différences. Le vingtième siècle n’est pas encore terminé, et c’est très malheureux.

Laisser un commentaire

Additional comments powered by BackType