J’ai récemment lu avec un vif intérêt un court texte de Ciarán, bloggeur que je comprends aussi être un politologue irlandais, intitulé « More on Civic Unionism »[1] dans lequel l’auteur traite entre autres de son analyse des institutions respective de la République d’Irlande et de l’Irlande du Nord et de leurs impacts sur les communautés qui y vivent. Essentiellement, Ciarán soutient que si l’Irlande avait été unifiée au lendemain de l’indépendance de 1922 (indépendance qui dit ne pas nécessairement soutenir eu égard au moment où elle eu lieu[2]) elle aurait nécessairement dû se doter d’institutions plus justes qui auraient respectées les deux communautés présentes au lieu de se replier sur un nationalisme globalement basé sur une identité ethnique pendant près d’un siècle[3].
Bien entendu, le conservatisme social irlandais est relativement bien documenté. De même, il est intéressant pour nous de faire un parallèle avec ce qui a longtemps été appelé les « trois bouées » des Canadiens-français au lendemain de la Conquête de 1763 : la langue, la foi et la terre. Le Québec a aussi vécu une longue période de conservatisme social qui dû attendre la Révolution tranquille pour être déboulonné — quoique la question se pose maintenant de savoir s’il on ne voit pas un retour de ce conservatisme en raison de la crainte des nouveaux arrivants entre autres[4].
Ce qui frappe cependant ce n’est pas le fait que les Irlandais comme les Canadiens-français se sont un jour — et encore? — réfugié dans un conservatisme ancré dans ce qu’ils croyaient être les assises même de leur identité, mais le fait que nous ignorons l’idée que d’autres peuples et d’autres communautés aient pu faire — et font — de même. En ce sens, il semble évident que les Israéliens et les Palestiniens puissent se sentir journellement attaqués et qu’un repli sur ce qu’ils croient être les racines de leur identité (Judaïsme ou Islam) se fassent voir.
De même, pour les différents groupes islamistes qui évoluent depuis les cinquante dernières années. Est-il si absurde de croire que les Moudjahiddines, les Talibans, les membres des milices chiites, voire les membres d’Al-Qaida — peut importe la forme que prend réellement cette organisation — affichent un si violent repli sur un Islam qu’ils croient être la source même de leur identité? Si nous admettons que les Musulmans du monde sont ni plus ni moins humains que nous — « I hope the Muslims love their children too » —, n’est-il pas possible alors d’admettre que l’Islam n’est pas la source de l’islamisme politique ou même que l’islamisme politique n’est pas une maladie de l’Islam[5], mais plutôt et plus simplement que des conditions objectives, sociales et politiques ont poussé de larges communautés à chercher les « bouées » qui ont permis à d’autres peuples de survivre?
La question se pose alors de ce qui doit être fait pour désamorcer ce repli identitaire (malheureusement contagieux). Si l’Islam n’est pas la source que l’islamisme radical (tout comme le catholicisme n’était pas la source des milices d’extrême droite — quoique l’Église catholique a souvent profité de leur existence ici comme ailleurs), que faut-il abattre pour que ce conservatisme xénophobe disparaisse une fois pour toute? Si la source est politique (et non uniquement religieuse), n’est-ce pas sur le plan politique qu’il importe de plancher?
J’ajouterais, en terminant, parce que je le peux et qu’il me fera un bien énorme de le dire, que s’il est impossible de croire que l’Islam soit la principale source de l’islamisme politique ou que le Protestantisme soit la principale source des milices orangistes, il m’apparaît évident que les conflits politiques et l’incertitude (politique, sociale, économique et personnelle) sont, sans aucun doute, les sources de toutes les grandes religions!
[source de l'image : tenjitsu71]