Belle découverte dans Le Devoir de ce matin : deux lettres qui me font vibrer. L’existence d’un réel débat sur l’éducation n’est peut-être pas complètement exclu!
D’abord, la lettre d’un directeur de deux écoles primaires, M. Daniel Leblanc, qui me fait croire que les enseignants et les élèves de ces écoles doivent être particulièrement fiers de travailler dans leur milieu. En effet, alors que plusieurs nous rappellent que l’approche par compétences s’approche dangereusement de l’enseignement technico-pratique des entreprises (ce qu’il convient d’admettre n’est pas complètement faux), M. Leblanc souligne que le retour aux notes, loin d’aider les élèves et les enseignants, risque de nourrir une compétitivité malsaine et dont il conviendrait de se débarrasser dans un monde qui ne veut pas être à la merci des chefs d’entreprise (à ce titre, je souligne l’intérêt que l’entreprise démontre depuis des années à pouvoir prendre plus de place dans le choix des programmes de formation et même dans la remise de diplômes). Très belle lettre donc!
Je vous [Mme Courchesne] ai entendue mentionner plus d’une fois que la compétition est partout et que, à ce titre, l’école ne peut pas faire abstraction de cette réalité. Cette sacro-sainte compétition a aussi de nombreux effets pervers en ce qui a trait à l’exclusion sociale: nos décrocheurs en savent quelque chose! Je porte à votre attention ces propos d’un certain Albert Jacquard: «Une réussite solidaire vaut toujours plus qu’un exploit solitaire.»
— Daniel Leblanc, «La ministre ne mérite pas la note de passage», Le Devoir, 8 nov. 2007.
L’autre lettre que nous offre Le Devoir (que je remercie en passant de faire, malgré tout, une place aux enseignants dans ce débat) est celle de M. Martin Lépine, enseignant de son état. M. Lépine rappelle, un peu comme la CSQ récemment, que la pédagogie et les outils didactiques ne devraient pas du ressort des ministres et que les premiers acteurs de l’éducation demeurent les enseignants. M. Lépine estime avec raison que le climat actuel tend à court-circuiter les enseignants et leurs compétences dans la profession pour laquelle ils ont été formés et dans laquelle ils choisissent de s’investir jour après jour. De même, il estime que l’une des principales faiblesses du système d’éducation québécois demeure les conditions de travail des enseignants.
Toutes ces belles histoires, notons-le, se déroulent dans un contexte où les élections scolaires du 4 novembre dernier ont été «célébrées» par moins de 8 % de la population en âge de voter et dans un contexte où les cas d’assurance invalidité pour épuisement professionnel chez le corps enseignant ont augmenté l’année dernière.
À vouloir faire trop vite, la ministre s’égare et frappe sur les mauvais joueurs. Elle devrait user de bon sens et appliquer dans sa pratique la formule publicitaire des brasseurs de bière Unibroue: «Boire moins, boire mieux»; et, ainsi, «faire moins, faire mieux», «parler moins, parler mieux», «commenter moins, commenter mieux», etc.
— Martin Lépine, «En éducation, on «avance en arrière»!», Le Devoir, le 8 nov. 2007.