Libérer le temps en salle de classe : une possibilité que nous offrent les TIC

8 août 2008 par Charles-Antoine Bachand Laisser une réponse »

Lors des ateliers que j’offre (ou tente d’offrir) dans mon cégep, j’ai souvent tendance à répéter aux enseignantes et enseignants que la salle de classe est un environnement comme il n’en existe nulle part ailleurs. La salle de classe est un milieu où toutes et tous peuvent interagir en temps réel et poser des questions à l’enseignante ou l’enseignant ou à leurs collègues de classe.

Pourtant, cet environnement et les avantages qu’il offre semble souvent mal ou sous-exploité. Lorsque j’enseignais en cinquième secondaire, j’étais tenu, par le programme, de revoir certaines règles de grammaire de base. Or, le programme nous obligeait aussi à étudier la structure du texte argumentatif et, personnellement, comme enseignant, j’avais un faible pour l’analyse littéraire. J’en suis donc arrivé à la conclusion que nous espérions réellement profiter de notre salle de classe pour faire ce que le français a de mieux à offrir, il nous fallait sortir tout ce qui était possible de sortir de la salle de classe (et je ne parle pas des tables et des chaises!). Malheureusement, je n’ai jamais vraiment eu le loisir de mener ma réflexion à son terme, mais nous avions tout de même mis en place un système qui nous permettait de limiter le plus possible le temps en classe dévoué aux règles grammaticales pour concentrer notre temps en groupe sur qui était rigoureusement impossible de sortir de la classe. Si un conseiller pédagogique m’avait alors fait connaître certains des outils TIC que je connais maintenant, nous aurions sans aucune doute poussé notre façon de faire encore plus loin!


En effet, je persiste à croire que l’un des principaux avantages de l’utilisation des TIC dans un contexte d’enseignement réside dans la possibilité qu’ils offrent de sortir des éléments de la salle de classe. Outre l’aspect bénéfique de faire tomber les murs entre l’environnement formel d’enseignement et le milieu de vie, cette possibilité permet de libérer le plus possible le temps en classe pour pouvoir y faire ce qui ne peut être fait dans aucun autre contexte.

En 2007, à l’AQPC un enseignant de mathématiques du Cégep de Thetford-Mines, Benoît Régis pour ne pas le nommer, nous offrait un atelier qui allait justement dans ce sens[1]. Son atelier tournait autour d’une idée que lui et ses collègues avaient eue de réellement mettre l’accent sur ce qui ne peut être mieux réalisé ailleurs qu’en salle de classe. Dans leur cas, ces enseignantes et enseignants avaient choisi de limiter leur présentation magistrale à quelques minutes (avec une capsule historique venant contextualiser les notions à explorer) pour ensuite mettre les étudiantes et étudiants au travail. Seuls, en équipe ou en groupe. Une série de petits exercices, de petits problèmes mathématiques leur était alors fournie sur des bouts de papier dont la couleur correspondait au niveau de difficulté du problème. En concentrant le temps en salle de classe sur les problèmes (et non sur l’enseignement de notions), elles et ils avaient su profiter des avantages extraordinaires qu’offrait leur salle de classe, à savoir le contact direct avec leurs étudiantes et étudiants.

Maintenant, est-il possible de pousser la réflexion encore plus loin? Sûrement! Pendant mes études de maîtrise, on nous demandait de lire des textes avant le cours pour ensuite passer le plus clair de celui-ci à discuter de ce que nous y avions découvert et des réactions que ceux-ci avaient fait naître. Nous confrontions notre analyse des textes lus à celle des autres dans un environnement qui s’y prêtait particulièrement bien : la salle de classe. Bien entendu, considérant l’importance des frais de scolarité payés, nous avions tout intérêt à faire le travail attendu avant le cours… la situation se présente bien autrement dans les cégeps.

Je persiste nénamoins dans ma réflexion : les TIC offrent des possibilités qui n’existaient pas il y a quelques années à peine. Les podcasts ou les vodcasts sont de bons exemples de ces technologies qui pourraient nous être utiles pour libérer le temps de classe. Est-il possible de croire qu’un cours magistral pourrait être exportable? Est-il possible même de croire que la salle de classe n’est peut-être même pas le meilleur endroit pour offrir tous les cours magistraux?[2] Grâce à M. Guité, je découvre un exemple parfait de ce je crois possible à très peu de frais et à courte échéance. Deux enseignants de la Woodland Park High School ont choisi d’offrir leur enseignement par vodcast[3]. Pour celles et ceux qui sont à l’aise dans la langue de Shakespeare, je vous invite à visionner les deux vidéos ci-dessous. Les enseignants en question nous y présentent leur réflexion et leur méthode de travail.

Essentiellement, ces enseignants ont compris qu’il leur était par plus « rentable » de profiter du temps en classe pour répondre aux questions de leurs élèves alors qu’il leur était relativement simple d’exporter leur cours en format électronique (podcast, vodcast, DVD, etc.). Leurs élèves doivent donc faire « leur devoir » avant le cours en visionnant, sur leur ordinateur, leur iPod ou leur téléviseur, les vodcasts créés par leur enseignant.

Cette méthode semble porter des fruits très intéressants et pose maintenant la question des autres possibilités qu’offrent les TIC pour que les étudiantes et les étudiants puissent réellement profiter des avantages indéniables qu’offre la salle de classe. De même, la question se pose d’imaginer quelle forme pourrait prendre l’équivalent de cette approche pour les sciences humaines? En outre, pourquoi les étudiantes et les étudiants ne seraient-ils pas appelés à contribuer leur propre podcast? Pourquoi ne pas jumeler cette idée avec un portfolio ou un blogue personnel? Essentiellement, dans nos pratiques, qu’est-ce qui peut être sorti de la salle de classe et qu’est-ce qui doit impérativement y demeurer ou y revenir?

Notes

[1] Benoît Régis, Approche par projet, pédagogie active, travail d’équipe… un cocktail explosif !, AQPC, 2007. J’en ai brièvement parlé dans mon compte-rendu de l’an dernier.

[2] Un enseignant me disait justement cette semaine, qu’il espérait qu’un jour, il pourrait offrir ces cours magistraux dans un laboratoire. Quid? L’analyse de sa pratique enseignante le portait à croire qu’il était impératif qu’il puisse, à tout même, mettre les étudiantes et les étudiants en pratique.

[3] Il est possible de consulter le site qu’il ont créé pour avoir plus d’information sur leur pratique et les outils qu’ils utilisent.

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