Pourquoi et comment haïr les mathématiques

8 octobre 2009 par Charles-Antoine Bachand Laisser une réponse »

Depuis le début de l’année, il est entendu que le premier examen (je ne vous en dirai pas la forme!) de «436» (parce que les élèves l’appellent toujours comme ça) servira à séparer le bon grain de l’ivraie.

3h par jour de devoir et d’étude! Vivement ce premier examen pour que l’on puisse enfin avoir du plaisir à comprendre ce que l’on découvre dans ce merveilleux monde des mathématiques!

Fat chance! L’enseignement est si rapide, l’examen si salaud : impossible que tous réussissent. Et de toute façon, c’est l’objectif avoué depuis le début. La classe de 40 élèves ne compte même pas assez de tables pour tous les élèves. Inutile de pallier à ce petit problème, dans quelques semaines, on aura sûrement plus de place. Le premier examen se chargera de faire le tri.

Le drame pour les élèves, c’est que, non seulement le cours est rapide et qu’ils veulent réellement réussir (et travaillent vachement fort pour ce faire — une élève au bras cassé aura assisté à son cours de math alors qu’elle devait être en convalescence!), mais qu’en plus, ils font face à l’élimination. C’est les séries en début d’année! Et ce n’est pas une mince histoire. C’est les séries de leur vie. S’ils échouent ce premier examen, ils seront invités à quitter non seulement les «436», mais aussi le programme dans lequel ils se sont inscrits! Adieu les amis! Ça fait trois ans que nous cheminons ensemble, mais voilà, je suis nul en math alors je ne peux poursuivre… (impossible de connaître ce qui fait, selon ces gentils administrateurs, la nécessité de réussir les «436» dans un programme d’éducation à la citoyenneté internationale, mais c’est un autre débat!).

Et voilà, après 5 semaines, sans repos et au rythme d’un stress intense, le verdict tombe : votre enfant est invité à quitter. «Bien entendu, vous comprenez, nous cherchons à éviter les situations d’échecs» Et blablabla et blablabla… Éviter les situations d’échec?!? Depuis 5 semaines, vous les «ridez» comme des mulets au front! Depuis 5 semaines, vous escamotez les questions et roulez à la vitesse grand V! Vous avez au contraire tout mis en oeuvre pour qu’il y ait des échecs! Mais même ça, vous seriez prêts à l’admettre! «Mieux vaut qu’ils échouent ici avant la possibilité d’intégrer l’autre groupe que plus tard» me direz-vous. Mais si réellement telle était votre préoccupation, pourquoi ne pas avoir sérieusement discuté avec les élèves l’an dernier avant qu’ils ne choisissent de faire comme leurs amis et d’entrer en «436» alors qu’ils n’en ont rien à cirer! Et pourquoi exiger les «436» pour tel ou tel programme (surtout lorsque le mandat de ce programme devait être la citoyenneté internationale, non la performance!) au risque, qu’après 3 ans, vous deviez expulser des élèves de leur programme non pas en raison d’un choix de parcours, mais en raison d’un échec ce qui, vous en conviendrez, est tout de même assez différent!

Et le culot ensuite de nous faire parvenir cette lettre. Quelle farce que l’école! Quelle farce que l’enseignement des mathématiques! Votre système est tout simplement inhumain. Il crée des drames humains pour le plaisir de l’épuration et de la classification. Dans votre esprit, quelle finalité pouvez-vous bien croire servir? L’apprentissage? L’enseignement? La réussite de vos élèves?

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9 commentaires

  1. Catherine dit :

    C’est complètement ridicule! Surtout quand on sait qu’au collégial PÉI (je ne connais pas bien le programme au secondaire pour me prononcer), il existe différents cours de maths, dont un au niveau moyen, surtout centré sur les études statistiques.
    Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas la même chose au secondaire, alors qu’il y a plus d’élèves et de ressources que dans le minuscule collège où j’ai fait mes études collégiales…

    Cette vision des mathématiques pour séparer le bon grain de l’ivraie… Faites-moi rire! Malgré tous les bons côtés du PÉI, cette tendance à l’élitisme me dégoûte!

  2. Gilles Jobin dit :

    Charles-Antoine,
    Peut être que je comprends mal la lettre, mais n’est-il pas dit que l’enfant sera transférer en CST, mais restera tout de même en PEI?
    L’important étant qu’il réussisse l’un OU l’autre des cours.

  3. Gilles Jobin dit :

    oups… sera transféré …. scuse la faute.

  4. Missmath dit :

    En tant qu’hélicoptère assumée, je recevrais ça et je pèterais ma coche et pas qu’un peu.

    Les conséquences de ce choix administratif sont très lourdes pour les élèves et je serais bien curieuse de voir le libellé des examens servant au partage des classes. Je serais également fort curieuse de voir si les élèves qui font mathématiques SN au régulier réussiraient l’examen en question.

    Je rage.

  5. SylvainB dit :

    Tout ça me rappelle d’autres choix administratifs concernant ce type de programme dit particulier… Particulièrement (insérer ici un adjectif censuré, pas recommandable, de votre choix) serait le mot…

    J’arrête ici, mon médecin m’ayant fortement recommandé de ménager mon coeur (dans les 2 sens du terme ici) dans ce genre de circonstances :-(

  6. Pgiroux dit :

    La part chercheur très intéressé par l’évaluation (en situation de recherche, pas en classe) et les stats de mon moi-même personnel aimerait bien mettre la main sur l’examen, l’analyser et en discuter avec un spécialiste de la didactique des maths au secondaire juste pour le plaisir de la chose…

    Pourquoi?

    Il est TRÈS (TRÈS!) difficile de préparer un mode d’évaluation valide et suffisamment précis pour permettre honnêtement et sans risques de préjudices un classement après seulement une épreuve.

    J’ai bien plus confiance en l’évaluation/appréciation qualitative des enseignants de mes enfants qu’en leurs compétences en mesure et en évaluation…

    Écrit par un papa de deux jeunes filles qui auront à passer par là dans quelque temps… Je déprime un peu parfois.

    PAt :-(

  7. Stéphanie dit :

    En effet, Gilles, l’élève ne quitte pas le PEI mais il sera transférée de groupe.

    Pour répondre à la question de PGiroux, la première partie de l’examen était à choix multiples, la seconde, composée de résolution de problèmes, ne comportait que deux numéros où la démarche « comptait ». J’avais cru comprendre que les examens ministériels accordaient une forte proportion de la note à la démarche, mais peut-être que je me trompe.

    Je dois noter que l’enseignant est particulièrement apprécié des élèves et que c’est un bien ingrat mandat qui lui a été confié, de jouer dans cette démarche anti-pédagogique et didactique, pour ne pas dire inéquitable et à l’éthique plus que douteuse.

  8. Stéphanie dit :

    Je veux aussi ajouter que les élèves avaient été classés par leur enseignant de la troisième secondaire à partir de leurs résultats de l’année au complet.

    Ce qui est déplorable, c’est que l’on enseigne et évalue pour sélectionner à nouveau (la sélection me révolte déjà, mais passons), pas pour favorsier l’apprentissage.

  9. Oh là là! Je suis passé par là moi aussi. Au lieu de faire ma technique en trois ans, je dois me taper 120$ de manuels et des heures incomptables à réussir une matière qui n’a absolument aucun lien avec ma carrière ou le programme. Tout celà parce qu’un taré à cravate sans aucune expérience en éducation le demande.

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