Nous sommes sans doute encore trop près des événements de ce printemps au Québec pour en avoir une réelle perspective historique, mais il semble néanmoins possible d’aisément inscrire la grève étudiante ayant cours au Québec depuis plus de 80 jours maintenant dans une perspective beaucoup plus large de revendications populaires, de luttes contre des mesures d’austérité et dans une dynamique de redéfinition des exigences démocratiques.
En effet, au cours des derniers mois seulement, le citoyen du monde aura assisté à des luttes qui semblent avoir quelques dénominateurs communs (mouvements spontanés, absence de leadership politique clair, absence de revendications précises, processus délibératif et décisionnel décentralisé, prise d’actions illégales parce que jugées légitimes, etc.).
Dans le désordre :
- Lutte des étudiants chiliens
- Occupation de l’Assemblée législative de l’État du Wisconsin
- Mouvements des indignés espagnols (mouvement 15-M)
- Printemps arabes (au pluriel)
- Mouvement Occupy au É-U et au Canada
- Lutte contre les mesures d’austérité en Grèc
Autant de mouvements populaires spontanés, sans leader ou orientation politique bien définie, qui ont marqué le cours paisible du capitalisme mondial ou de l’oppression à grande échelle
Il sera plus qu’intéressant d’analyser tout ça plus avant dans quelques mois, mais je crois que dans l’immédiat, qu’il est néanmoins possible de tirer de ces quelques mouvements populaires et de la forme qu’ils prennent quelques enseignements qui pourraient être utiles dans le cadre de la grève étudiante qui ébranle le Québec
En effet, il faut d’abord admettre que la lutte que mènent les étudiants s’inscrit dans un contexte beaucoup plus vaste que les simples inspirations néolibérales du gouvernement Charest. Il faut aussi admettre que les revendications des étudiants dépassent (et dépassaient dès le départ sans doute) la simple question de la hausse des frais de scolarité. À ce titre, il est possible d’identifier des revendications beaucoup plus vastes qui s’inscrivent justement dans cette dynamique mondiale.
À gros traits, nous pourrions parler de :
- L’éducation est un bien commun qui ne peut avoir de valeur marchande;
- Rien ne doit limiter l’accessibilité à l’éducation;
- le système de gouvernement ne permet pas une représentation réelle des intérêts et besoins de la population.
Outre ces revendications — qui permettent de comprendre la force de la mobilisation à laquelle assiste le Québec –, le fait de comprendre la grève étudiante dans un contexte mondial permet aussi d’envisager la suite possible — voire souhaitable — des événements.
D’abord, si les étudiants articulent leurs revendications autour de leur conception de la démocratie et de la justice, il est fort à parier que quelque ordonnance que ce soit, imposée par la force, ne permettra jamais de résoudre ce conflit.
Ensuite, si les étudiants ont des revendications beaucoup plus larges que la simple question de la hausse des frais de scolarité, il faut alors admettre que celles-ci pourraient — ou devraient — être portées par une frange beaucoup plus vaste de la société que les seuls étudiants.
Enfin, il paraît possible de croire que le mouvement actuel, si réellement il s’inscrit dans une dynamique mondiale plus vaste, n’est pas près de s’estomper. Il est en effet possible de croire que le mouvement pourrait de radicaliser plus avant. Il est possible de croire qu’après les actions de mobilisation actuelles (manifestations, bris d’injonction, etc.), la mobilisation et le mouvement se consolident et se formalisent même en dehors des associations étudiantes qui portaient le mouvement au départ. Il est possible de croire que les étudiants et la société civile en arrivent à créer des espaces où leurs processus délibératifs et décisionnels ne s’appliqueraient plus qu’à la seule question de la grève étudiante, mais à d’autres facettes de la vie en société. Les indignés, le mouvement Occupy tout comme les Égyptiens de la Place Tahrir en sont arrivés à quelques belles expériences en procédant à l’occupation de places publiques et en consolidant leurs actions et leurs discours. Il est possible de croire, toujours si le mouvement étudiant s’inscrit dans une perspective mondiale que la prochaine étape du mouvement sera justement cette étape de consolidation et de formalisation des outils et du discours développés.
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Sources :
Raphaël Kempf (2012). «De Londres à Santiago, la révolte des déclassés», Le Monde diplomatique, mai 2012.
Philippe Teisceira-Lessard (2012). «Un groupe étudiant radical appelle à viser les médias», LaPresse, 2012-05-12.


