Archive pour le ‘Éducation’ catégorie

Trop près pour une perspective historique, mais…

12 mai 2012

Nous sommes sans doute encore trop près des événements de ce printemps au Québec pour en avoir une réelle perspective historique, mais il semble néanmoins possible d’aisément inscrire la grève étudiante ayant cours au Québec depuis plus de 80 jours maintenant dans une perspective beaucoup plus large de revendications populaires, de luttes contre des mesures d’austérité et dans une dynamique de redéfinition des exigences démocratiques.

En effet, au cours des derniers mois seulement, le citoyen du monde aura assisté à des luttes qui semblent avoir quelques dénominateurs communs (mouvements spontanés, absence de leadership politique clair, absence de revendications précises, processus délibératif et décisionnel décentralisé, prise d’actions illégales parce que jugées légitimes, etc.).

Dans le désordre :

  • Lutte des étudiants chiliens
  • Occupation de l’Assemblée législative de l’État du Wisconsin
  • Mouvements des indignés espagnols (mouvement 15-M)
  • Printemps arabes (au pluriel)
  • Mouvement Occupy au É-U et au Canada
  • Lutte contre les mesures d’austérité en Grèc

Autant de mouvements populaires spontanés, sans leader ou orientation politique bien définie, qui ont marqué le cours paisible du capitalisme mondial ou de l’oppression à grande échelle

Il sera plus qu’intéressant d’analyser tout ça plus avant dans quelques mois, mais je crois que dans l’immédiat, qu’il est néanmoins possible de tirer de ces quelques mouvements populaires et de la forme qu’ils prennent quelques enseignements qui pourraient être utiles dans le cadre de la grève étudiante qui ébranle le Québec

En effet, il faut d’abord admettre que la lutte que mènent les étudiants s’inscrit dans un contexte beaucoup plus vaste que les simples inspirations néolibérales du gouvernement Charest. Il faut aussi admettre que les revendications des étudiants dépassent (et dépassaient dès le départ sans doute) la simple question de la hausse des frais de scolarité. À ce titre, il est possible d’identifier des revendications beaucoup plus vastes qui s’inscrivent justement dans cette dynamique mondiale.

À gros traits, nous pourrions parler de :

  1. L’éducation est un bien commun qui ne peut avoir de valeur marchande;
  2. Rien ne doit limiter l’accessibilité à l’éducation;
  3. le système de gouvernement ne permet pas une représentation réelle des intérêts et besoins de la population.

Outre ces revendications — qui permettent de comprendre la force de la mobilisation à laquelle assiste le Québec –, le fait de comprendre la grève étudiante dans un contexte mondial permet aussi d’envisager la suite possible — voire souhaitable — des événements.

D’abord, si les étudiants articulent leurs revendications autour de leur conception de la démocratie et de la justice, il est fort à parier que quelque ordonnance que ce soit, imposée par la force, ne permettra jamais de résoudre ce conflit.

Ensuite, si les étudiants ont des revendications beaucoup plus larges que la simple question de la hausse des frais de scolarité, il faut alors admettre que celles-ci pourraient — ou devraient — être portées par une frange beaucoup plus vaste de la société que les seuls étudiants.

Enfin, il paraît possible de croire que le mouvement actuel, si réellement il s’inscrit dans une dynamique mondiale plus vaste, n’est pas près de s’estomper. Il est en effet possible de croire que le mouvement pourrait de radicaliser plus avant. Il est possible de croire qu’après les actions de mobilisation actuelles (manifestations, bris d’injonction, etc.), la mobilisation et le mouvement se consolident et se formalisent même en dehors des associations étudiantes qui portaient le mouvement au départ. Il est possible de croire que les étudiants et la société civile en arrivent à créer des espaces où leurs processus délibératifs et décisionnels ne s’appliqueraient plus qu’à la seule question de la grève étudiante, mais à d’autres facettes de la vie en société. Les indignés, le mouvement Occupy tout comme les Égyptiens de la Place Tahrir en sont arrivés à quelques belles expériences en procédant à l’occupation de places publiques et en consolidant leurs actions et leurs discours. Il est possible de croire, toujours si le mouvement étudiant s’inscrit dans une perspective mondiale que la prochaine étape du mouvement sera justement cette étape de consolidation et de formalisation des outils et du discours développés.

 

===================

Sources :

Raphaël Kempf (2012). «De Londres à Santiago, la révolte des déclassés», Le Monde diplomatique, mai 2012.

Philippe Teisceira-Lessard (2012). «Un groupe étudiant radical appelle à viser les médias»LaPresse, 2012-05-12.

 

Le Cégep de l’Outaouais réagit de façon unie à une menace d’injonction

21 avril 2012

 

Pour une version en mp3, cliquez ici.

Des frais de scolarité de 4712$/an n’auraient aucun impact sur l’accessibilité? Quelle farce!

22 mars 2012

Je me permets de citer ici un très bon texte d’information qui illustre bien l’importance de la hausse des frais de scolarité annoncée.

Du magnifique travail.

Selon la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), les frais afférents, également appelés droits d’administration ou frais institutionnels obligatoires (FIO), correspondent aux « droits exigés des étudiants par les universités, qui sont inhérents à la présence des étudiants dans les universités, mais qui ne sont pas des droits de scolarité ».


Ces frais, qui varient d’un établissement à l’autre et parfois même à l’intérieur d’un même établissement, comprennent les frais généraux, soit les frais d’inscription, d’admission, d’examens, de stages, mais également les frais liés aux technologies, les frais de service aux étudiants, les diverses contributions à la vie étudiante, les frais de droits d’auteur, les primes relatives à certaines assurances obligatoires, les frais reliés aux services de sports et de loisirs ainsi que tous les autres frais tels que les relevés de notes, les émissions de diplômes, l’utilisation des laboratoires, les uniformes, etc (MELS, 2008). En moyenne, pour un étudiant de premier cycle à temps plein, ces frais étaient de 624,25$ pour l’année 2010-2011.





Source : http://lahausse.ca/frais-afferents/

Une réponse à l’intimidation de l’état

3 mars 2012

L’accès à l’éducation est un droit à tous les ordres d’enseignement, incluant le postsecondaire, enchâssé entre autres dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (…) Le Canada en est signataire et reconnaît que « l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite ». Il appartient donc à l’état de garantir ce droit.

 

Or, l’état québécois attaque l’inviolabilité de ce droit (…) Pourtant, seuls les étudiants sont mobilisés. Cette situation est inacceptable et la société entière doit empêcher cette attaque contre le droit à l’éducation en tant qu’enjeu de nature intergénérationnelle. Tous concernés par les décisions gouvernementales, nous nous déresponsabilisons comme société lorsque nous acceptons que ceux qui nous suivent doivent s’endetter pour avoir accès à ce qui leur revient de droit.

 

Il nous est impensable qu’en 2012 des étudiants québécois aient à se battre pour faire valoir ce droit inaliénable à l’éducation. Il est tout aussi impensable qu’ils soient punis pour avoir assumé seuls une responsabilité qui incombe à nous tous. La liberté d’expression, l’égalité devant la loi et la liberté d’association sont également des droits et nul préjudice ne peut découler de leur exercice.

 

La marchandisation de l’éducation proposée par le gouvernement Charest, sous prétexte de renflouer les universités, le soustrait de sa responsabilité de financement de la formation post-secondaire affirmée et légiférée depuis le Rapport Parent de 1965. La hausse proposée ne représente que l’équivalent de 1,2 % du budget annuel du ministère de l’éducation, mais elle fermera, selon plusieurs études scientifiques récentes, la porte de l’éducation post-secondaire à des dizaines de milliers de jeunes québécois, ce qui est contraire aux principes des diverses déclarations de droits. Accepterions-nous de devoir payer pour notre liberté d’expression, notre égalité devant la loi, notre droit d’association ?

 

L’éducation est une responsabilité collective et nous devrions tous, parents, enseignants, formateurs, administrateurs, décideurs, être aux côtés des étudiants et nous mobiliser pour protéger ce droit fondamental. Nous appuyons ainsi la lutte des étudiants pour la défense du droit et de l’accès à l’éducation. Nous reconnaissons la pleine légitimité des moyens utilisés pour mener ce combat et appelons la société entière à appuyer les étudiants dans cette lutte. Par principe, un droit ne peut être affaibli et son intégrité attaquée ; sinon, ce n’est plus un droit.

 

 

3 mars 2012 | Le Droit

Stéphanie Demers, Judith Émery-bruneau, Catherine Lanaris, David Lefrançois, Geneviève Lessard, Ruth Philion, Madeleine Doffouchi Tchimou, Francine Sinclair, Département des sciences de l’éducation, Université du Québec en Outaouais

IRIS – Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité?

3 mars 2012

Selon ce qu’on entend tous les jours, les universités du Québec seraient cruellement sous-financées, ce qui les empêcherait d’offrir une éducation de qualité et de participer activement à l’économie québécoise. Pas d’autre choix, dit-on, que de hausser les frais de scolarité. De toute façon, un·e universitaire gagnera un plus haut salaire à la fin de ses études : en s’endettant, il ou elle fait donc un investissement rentable dans son capital humain. Voilà ce que l’on entend. Qu’en est-il vraiment ?

IRIS – Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité?.

Très bonne synthèse. Une vingtaine de pages plus que nécessaire en cette période de mobilisation.

Camil Bouchard — Droits de scolarité : pourquoi une hausse aussi brutale ?

24 février 2012

Droits de scolarité : pourquoi une hausse aussi brutale ?

La pédagogie critique

19 septembre 2011

«La pédagogie critique est une notion complexe et multidimensionnelle qui éclaire la dimension politique de l’éducation et vise des transformations sociales et humaines. En premier lieu, les tenants de la pédagogie critique considèrent que l’école n’est pas neutre sur les plans culturel et politique, dans la mesure où elle reproduit la culture dominante à travers ses différentes dimensions et pratiques pédagogiques[9]. Dans cet espace scolaire politiquement contesté, l’enjeu du pouvoir et de la construction des connaissances occupe une place centrale, de même que l’explicitation des facteurs sociaux complexes (racisme, culture, genre, classe sociale, religion, etc.) qui contribuent à façonner les pratiques pédagogiques (Kincheloe, 2004).»

Marianne Jacquet (2007).

Deux citations d’Einstein au sujet de l’éducation

28 février 2010

To me the worst thing seems to be a school principally to work with methods of fear, force and artificial authority. Such treatment destroys the sound sentiments, the sincerity and the self-confidence of pupils and produces a subservient subject.

It is, in fact, nothing short of a miracle that the modern methods of education have not yet entirely strangled the holy curiosity of inquiry; for this delicate little plant, aside from stimulation, stands mainly in need of freedom; without this it goes to wrack and ruin without fail. It is a very grave mistake to think that the enjoyment of seeing and searching can be promoted by means of coercion and a sense of duty. To the contrary, I believe that it would be possible to rob even a healthy beast of prey of its voraciousness, if it were possible, with the aid of a whip, to force the beast to devour continuously, even when not hungry, especially if the food, handed out under such coercion, were to be selected accordingly.
-Albert Einstein

Pourquoi et comment haïr les mathématiques

8 octobre 2009

Depuis le début de l’année, il est entendu que le premier examen (je ne vous en dirai pas la forme!) de «436» (parce que les élèves l’appellent toujours comme ça) servira à séparer le bon grain de l’ivraie.

3h par jour de devoir et d’étude! Vivement ce premier examen pour que l’on puisse enfin avoir du plaisir à comprendre ce que l’on découvre dans ce merveilleux monde des mathématiques!

Fat chance! L’enseignement est si rapide, l’examen si salaud : impossible que tous réussissent. Et de toute façon, c’est l’objectif avoué depuis le début. La classe de 40 élèves ne compte même pas assez de tables pour tous les élèves. Inutile de pallier à ce petit problème, dans quelques semaines, on aura sûrement plus de place. Le premier examen se chargera de faire le tri.

Le drame pour les élèves, c’est que, non seulement le cours est rapide et qu’ils veulent réellement réussir (et travaillent vachement fort pour ce faire — une élève au bras cassé aura assisté à son cours de math alors qu’elle devait être en convalescence!), mais qu’en plus, ils font face à l’élimination. C’est les séries en début d’année! Et ce n’est pas une mince histoire. C’est les séries de leur vie. S’ils échouent ce premier examen, ils seront invités à quitter non seulement les «436», mais aussi le programme dans lequel ils se sont inscrits! Adieu les amis! Ça fait trois ans que nous cheminons ensemble, mais voilà, je suis nul en math alors je ne peux poursuivre… (impossible de connaître ce qui fait, selon ces gentils administrateurs, la nécessité de réussir les «436» dans un programme d’éducation à la citoyenneté internationale, mais c’est un autre débat!).

Et voilà, après 5 semaines, sans repos et au rythme d’un stress intense, le verdict tombe : votre enfant est invité à quitter. «Bien entendu, vous comprenez, nous cherchons à éviter les situations d’échecs» Et blablabla et blablabla… Éviter les situations d’échec?!? Depuis 5 semaines, vous les «ridez» comme des mulets au front! Depuis 5 semaines, vous escamotez les questions et roulez à la vitesse grand V! Vous avez au contraire tout mis en oeuvre pour qu’il y ait des échecs! Mais même ça, vous seriez prêts à l’admettre! «Mieux vaut qu’ils échouent ici avant la possibilité d’intégrer l’autre groupe que plus tard» me direz-vous. Mais si réellement telle était votre préoccupation, pourquoi ne pas avoir sérieusement discuté avec les élèves l’an dernier avant qu’ils ne choisissent de faire comme leurs amis et d’entrer en «436» alors qu’ils n’en ont rien à cirer! Et pourquoi exiger les «436» pour tel ou tel programme (surtout lorsque le mandat de ce programme devait être la citoyenneté internationale, non la performance!) au risque, qu’après 3 ans, vous deviez expulser des élèves de leur programme non pas en raison d’un choix de parcours, mais en raison d’un échec ce qui, vous en conviendrez, est tout de même assez différent!

Et le culot ensuite de nous faire parvenir cette lettre. Quelle farce que l’école! Quelle farce que l’enseignement des mathématiques! Votre système est tout simplement inhumain. Il crée des drames humains pour le plaisir de l’épuration et de la classification. Dans votre esprit, quelle finalité pouvez-vous bien croire servir? L’apprentissage? L’enseignement? La réussite de vos élèves?

img052-2

The Myths of Digital Literacy (The Agenda, TVO)

2 octobre 2009

Très belle émission avec une discussion très intéressante sur l’impact des TIC sur les compétences en écriture des étudiants.