Archive pour le ‘Politique’ catégorie

M. Giddy au sujet de l’éducation pour tous (1807)

9 avril 2015

« Un certain Mr. Giddy qui fit par la suite président de la Société royale, fit des objections (il s’agit du projet de loi qui fit présenté au Parlement britannique en 1807, pour la création d’écoles subventionnées) qui auraient pu être présentées en n’importe quel autre pays : « Tout bénéfique que puisse être, en théorie, le projet de donner une éducation aux travailleurs des classes pauvres, il serait préjudiciable pour leur moral et leur bonheur. Il leur apprendrait à mépriser leur tâche dans la société, au lieu de faire d’eux de bons serviteurs pour l’agriculture et d’autres emplois. Il les rendrait rebelles et réfractaires, au lieu de leur enseigner la subordination, comme cela s’est vu dans les comtés industriels. Il les mettrait en mesure de lire des ouvrages séditieux, des livres pervers et des publications contre la chrétienté. Il les rendrait insolents envers leurs supérieurs et, en peu d’années, le législateur serait contraint de lever sur eux le bras fort du pouvoir ».

 

Reinhold Niebhur in. Freire (1973). La pédagogie des opprimés. Maspero, 202 pages.

 

Il semble que M. Giddy ait eu tout à fait raison. Si seulement l’école était demeurée réservée aux élites, nous n’en serions pas à rappeler leur place de serviteurs à ces jeunes, nourris de livres séditieux, qui cherchent plus de liberté et de justice.

 

 

Fécondité « made in France » (Le Monde, janv. 24 2015, Page4)

27 janvier 2015

 

Très intéressante analyse :

       A y regarder de plus près, la carte européenne de la fécondité correspond d’ailleurs étrangement à celle des modes de garde. « En Allemagne de l’Est, la fertilité est plus élevée qu’en Allemagne de l’Ouest, constate Ron Lesthaeghe. La ligne de partage, qui coïncide avec la vieille frontière de la RDA, reflète deux traditions différentes au regard de la prise en charge de la petite enfance : il y avait et il y a toujours beaucoup de crèches à l’Est, peu à l’Ouest. Les contrastes apparaissent également lorsque l’on compare les cantons flamands de Belgique et leurs voisins allemands : la fertilité est plus élevée côté belge, là où les places en crèche sont nombreuses, les journées d’école plus longues et les activités périscolaires mieux organisées, ce qui permet aux femmes de concilier leur travail et leur famille. »

Finalement, le cocktail magique qui intrigue tant les experts coréens ou japonais qui défilent au siège de l’INED n’a rien de mystérieux : en Europe, la natalité est forte dans les pays où les normes familiales sont souples, où les femmes peuvent travailler, où les politiques familiales sont généreuses et où la prise en charge des tout-petits est bien organisée. Dans les pays, pourrait-on résumer, qui se sont adaptés, vaille que vaille, à la nouvelle donne du XXe siècle que représente l’égalité hommes-femmes. « La souplesse des sociétés est un élément très important, résume Laurent Toulemon. Si elles ne parviennent pas à adapter leurs traditions familiales au nouveau contexte politique de l’égalité hommes-femmes, cela entraîne de facto un refus de l’enfant. » Le chemin de la fécondité serait-il plus simple qu’on ne le croit ?

Fécondité « made in France » (Le Monde, janv. 24 2015, Page4)

« La fureur des abrutis »

10 janvier 2015

Charb. 2014-12-24 #jesuischarlie

— Charb, Charlie Hebdo, 2014-12-24 [ #jesuischarlie ]

« Intellectuels, l’heure du réveil a sonné »

10 janvier 2015

Les événements du 7 janvier nous rappellent que la démocratie n’est pas seulement un régime politique, c’est un défi, une lutte, un bien public qui doit être défendu. Non pas contre des ennemis fantasmés mais contre nos propres faiblesses, nos propres limites, notre résignation. L’abandon de certaines thématiques ou plutôt leur circonscription à des cercles académiques fermés parce que trop polémiques, trop complexes, ou nécessitant trop de temps d’explication ont contribué au développement de l’intolérance, à la simplification et à la radicalisation des opinions.

C’est pourquoi nous appelons les intellectuels français et plus spécifiquement les membres de la communauté universitaire, de recherche et d’éducation à tous les niveaux à prendre leurs responsabilités pour imaginer les conditions de notre redéploiement afin de retrouver une véritable utilité sociale. Notre mission et notre engagement personnel consistent à éduquer et à réfléchir sur le monde. Réinvestissons le débat public. Mettons cette pédagogie et cette capacité d’analyse au service de la société tout entière. Réagissons et organisons-nous. Imaginons.

— Aurélie Quentin et Stéphanie Vermeersch (2015). Intellectuels, l’heure du réveil a sonné (Le Monde, janv. 11 2015, Page19). LIEN.

Mulcair vote libéral au provincial : Allons vers la droite, Trudeau y est bien!

7 avril 2014

On comprend bien la logique qui a poussé Mulcair à affirmer haut et fort qu’il a eu l’honneur de voter pour le candidat libéral aux élections provinciales du Québec. En effet, comment aurait-il pu faire autrement sans créer une vague d’horreur et de dégoût dans le ROC? Pourtant, on pourrait espérer qu’après plus de 50 ans de vie politique le NPD aurait quelques stratèges plus fins et plus lucides que celui qui a proposé cette stratégie particulièrement insultante et répugnante pour les quelques progressistes qui restent dans leurs rangs.

Comment réconcilier l’idée que le chef du NPD, qui se dit encore progressiste, se permette d’affirmer qu’il vote pour un parti dont l’histoire a maintes fois démontrée à quel point ils méprisent les travailleurs et les assistés sociaux? Comme quoi, lorsqu’il est question de garder une place de choix près du pouvoir, la Real politik dilue toutes les convictions. Il faut tout de même admettre que, depuis plusieurs années maintenant le NPD prend un large virage sur sa droite. Que ce soit sur la question autochtone, sur l’importance accordée aux «working families» (il faut à tout prix éviter les assistés sociaux), de l’environnement, de la question palestinienne (Svend Robinson ne doit plus avoir beaucoup d’amis au NPD), il n’est vraiment plus question de changer quoi que ce soit avec le NPD. À la rigueur, ils travailleront à conserver les programmes qui n’ont pas encore été détruits par les conservateurs et à réduire les taux d’intérêt sur nos cartes de crédit, mais au-delà de ça… Rien de bien enlevant comme programme.

Bien entendu, je sais que le pouvoir, sa prise et son maintien exigent de dire tout et son contraire afin d’espérer séduire le plus grand nombre d’électeurs (est-ce Brel qui disait, la démocratie permet à 11 imbéciles d’avoir raison sur 10 philosophes?), mais il me demeure impossible de comprendre l’objectif de prendre le pouvoir si c’est pour en faire exactement ce que tous les autres partis en feraient!

Encore une fois, je comprends que Mulcair ne pouvait dire qu’il votait QS parce que le ROC demeure incapable de comprendre que les souverainistes ne sont pas que des vampires assoiffés de péréquation qui, s’ils font bien de la bonne musique, veulent briser leur beau pays. Je comprends aussi que s’il avait eu son cher NPD-Québec, la question ne se serait pas posée. Cela dit, n’aurait-il pas pu faire acte de pédagogue? N’aurait-il pas pu en profiter pour expliquer un peu le paysage politique québécois à nos amis du ROC pour ensuite voter en silence, ou voter vert, ou voter nul. Mais franchement, soutenir qu’il vote libéral parce qu’il y un bon candidat libéral dans sa circonscription, personne n’est dupe!



Sources :

  • http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/electionsquebec2014/archives/2014/04/20140406-164734.html
  • http://rabble.ca/news/2012/02/why-ndp-silence-palestine

Les politiques comme de simples gestionnaires des «affaires» publiques

5 avril 2014

Le choix de Valls en France et l’accent mis sur la saine gestion dans la présente campagne électorale au Québec montrent bien à quel point les attentes en lien avec les capacités de gestionnaires de nos politiciens ont pris le dessus sur à peu près tout autre impératif. En effet, alors que la logique voudrait que le choix d’un gouvernement soit un choix idéologique fait en fonction d’idées, d’une vision de la société à construire, le choix semble se faire de plus en plus en fonction des compétences d’administrateur des politiciens. Or, pour gérer l’État, les politiciens ne pourraient-ils pas profiter des services d’administrateurs professionnels (sous-ministres, fonctionnaires, etc.)? Si les politiciens se réduisent à de simples gestionnaires et ne présentent plus aucune vision du monde à créer et que les fonctionnaires (par définition) ne peuvent pas non plus jouer ce rôle, qui gouverne vraiment?


À ce sujet, et au sujet de cette logique de l’administration, voici un extrait d’intérêt du Monde de ce matin :

Conformément aux préceptes de la gouvernance entrepreneuriale, seule l’efficacité distingue l’excellent manager. Quant à son évaluation, elle est affaire de benchmarking, soit d’une comparaison des performances de chacun à l’aune d’un panel de résultats chiffrés. Dans le champ politique, les chiffres incluent la cote de popularité, le volume des investissements étrangers et le taux d’intérêt de la dette publique. En outre, pour motiver les hommes, le benchmarking suppose l’identification d’un exécutant modèle. Ainsi l’alliage du coup de menton « vallsien » et de la marinière « montebourgeoise » a-t-il été formé pour faire concurrence au manager du mois – le fringant Matteo Renzi, le premier ministre de la Péninsule qui promet de rendre la confiance aux Italiens sans perdre celle des investisseurs. Manuel Valls et son acolyte seront-ils à la hauteur de la tâche ? Seront-ils capables, au bout du compte, de damer le pion à l’équipe sélectionnée par l’UMP ? Il est permis d’en douter.



 


Quelle gauche Manuel Valls incarne-t-il ?
Philosophe, président de l’association Cette France-là Michel Feher
Le Monde
avr. 5 2014

L’état d’esprit de François Hollande au soir du second tour des élections municipales, c’est Alain Juppé qui l’exprimait le mieux. Si les électeurs ont infligé une déroute à la majorité présidentielle, expliquait l’ancien premier ministre, « [ce] n’est…lisez plus…

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plus un discours s’adresse aux sens, moins il s’adresse à l’intellect

23 mars 2014

Mais, à présent, le discours n’était pas seulement devenu plus important qu’avant, il s’était aussi, par nécessité, radicalement transformé. En s’adressant à tous et non plus à des représentants élus du peuple, il devait aussi être compris de tous et, par conséquent, devenir plus populaire. Ce qui est populaire, c’est le concret; plus un discours s’adresse aux sens, moins il s’adresse à l’intellect, plus il est populaire. Il franchit la frontière qui sépare la popularité de la démagogie ou de la séduction d’un peuple dès lors qu’il passe délibérément du soulagement de l’intellect à sa mise hors circuit et à son engourdissement.


— Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, 1947.

De minuscules doses d’arsenic

23 mars 2014

Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception.

Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. On a coutume de prendre ce distique de Schiller, qui parle de la «langue cultivée qui poétise et pense à ta place», dans un sens purement esthétique et, pour ainsi dire, anodin. Un vers réussi, dans une «langue cultivée», ne prouve en rien la force poétique de celui qui l’a trouvé; il n’est pas si difficile, dans une éminemment cultivée, de se donner l’air d’un poète et d’un penseur.

Mais la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment à elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue cultivée est constituée d’éléments toxiques ou si l’on en a fait le vecteur de substances toxiques? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. Si quelqu’un, au lieu d’«héroïque et vertueux», dit pendant assez longtemps «fanatique», il finira par croire vraiment qu’un fanatique est un héros vertueux et que, sans fanatisme, on ne peut pas être un héros.

— Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, 1947.

Avons-nous des exemples de ces minuscules doses d’arsenic? Il est possible de penser, rapidement, à :

  • Client plutôt qu’élève ou étudiant
  • Boycott étudiant
  • Gouvernance
  • Efficience
  • «Rien ne nous permet de déclarer cette manifestation légale»
  • Pédagogique
  • etc.

Technique de propagation d’une idéologie – Berlusconi au Québec

21 novembre 2013

«Le berlusconisme a été savamment inoculé à la société italienne par la voie des médias et le concours d’intellectuels thuriféraires du pouvoir. Toutes proportions gardées et en excluant que l’on puisse reproduire ici un phénomène lié à une histoire et à des traits identitaires qui ne sont pas les nôtres (comme certains s’évertuent, à tort, à le faire dans le cas de l’islamisme), l’expérience italienne peut par contre nous éclairer au moins sur un aspect : la technique de propagation d’une idéologie. Depuis au moins une décennie, nous assistons, au Québec, non sans perplexité, à une campagne menée sur toutes les tribunes en faveur du nationalisme conservateur. En plus de reproposer, après un assez long séjour dans les limbes de l’histoire, la figure du Canadien français, aux couleurs sépia et aux accents groulciens, comme socle identitaire, les défenseurs de cette idéologie passéiste et revancharde poursuivent, avec une ferveur de croisés, la chimère d’un Québec assimilationniste. Il faudrait que ces hérauts d’un temps révolu nous expliquent pourquoi l’assimilation, que les francophones d’Amérique ont combattue avec tant de détermination, serait souhaitable pour les immigrants.»

— Marco Micone (2013). «Italie – Le berlusconisme survivra-t-il au «Cavaliere»?», LeDevoir, 2013-11-20, http://www.ledevoir.com/international/europe/393124/le-berlusconisme-un-danger-pour-la-democratie

La CCN, toujours à la recherche du parfait décor

3 décembre 2012