Archive pour le ‘Politique’ catégorie

Mulcair vote libéral au provincial : Allons vers la droite, Trudeau y est bien!

7 avril 2014

On comprend bien la logique qui a poussé Mulcair à affirmer haut et fort qu’il a eu l’honneur de voter pour le candidat libéral aux élections provinciales du Québec. En effet, comment aurait-il pu faire autrement sans créer une vague d’horreur et de dégoût dans le ROC? Pourtant, on pourrait espérer qu’après plus de 50 ans de vie politique le NPD aurait quelques stratèges plus fins et plus lucides que celui qui a proposé cette stratégie particulièrement insultante et répugnante pour les quelques progressistes qui restent dans leurs rangs.

Comment réconcilier l’idée que le chef du NPD, qui se dit encore progressiste, se permette d’affirmer qu’il vote pour un parti dont l’histoire a maintes fois démontrée à quel point ils méprisent les travailleurs et les assistés sociaux? Comme quoi, lorsqu’il est question de garder une place de choix près du pouvoir, la Real politik dilue toutes les convictions. Il faut tout de même admettre que, depuis plusieurs années maintenant le NPD prend un large virage sur sa droite. Que ce soit sur la question autochtone, sur l’importance accordée aux «working families» (il faut à tout prix éviter les assistés sociaux), de l’environnement, de la question palestinienne (Svend Robinson ne doit plus avoir beaucoup d’amis au NPD), il n’est vraiment plus question de changer quoi que ce soit avec le NPD. À la rigueur, ils travailleront à conserver les programmes qui n’ont pas encore été détruits par les conservateurs et à réduire les taux d’intérêt sur nos cartes de crédit, mais au-delà de ça… Rien de bien enlevant comme programme.

Bien entendu, je sais que le pouvoir, sa prise et son maintien exigent de dire tout et son contraire afin d’espérer séduire le plus grand nombre d’électeurs (est-ce Brel qui disait, la démocratie permet à 11 imbéciles d’avoir raison sur 10 philosophes?), mais il me demeure impossible de comprendre l’objectif de prendre le pouvoir si c’est pour en faire exactement ce que tous les autres partis en feraient!

Encore une fois, je comprends que Mulcair ne pouvait dire qu’il votait QS parce que le ROC demeure incapable de comprendre que les souverainistes ne sont pas que des vampires assoiffés de péréquation qui, s’ils font bien de la bonne musique, veulent briser leur beau pays. Je comprends aussi que s’il avait eu son cher NPD-Québec, la question ne se serait pas posée. Cela dit, n’aurait-il pas pu faire acte de pédagogue? N’aurait-il pas pu en profiter pour expliquer un peu le paysage politique québécois à nos amis du ROC pour ensuite voter en silence, ou voter vert, ou voter nul. Mais franchement, soutenir qu’il vote libéral parce qu’il y un bon candidat libéral dans sa circonscription, personne n’est dupe!



Sources :

  • http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/electionsquebec2014/archives/2014/04/20140406-164734.html
  • http://rabble.ca/news/2012/02/why-ndp-silence-palestine

Les politiques comme de simples gestionnaires des «affaires» publiques

5 avril 2014

Le choix de Valls en France et l’accent mis sur la saine gestion dans la présente campagne électorale au Québec montrent bien à quel point les attentes en lien avec les capacités de gestionnaires de nos politiciens ont pris le dessus sur à peu près tout autre impératif. En effet, alors que la logique voudrait que le choix d’un gouvernement soit un choix idéologique fait en fonction d’idées, d’une vision de la société à construire, le choix semble se faire de plus en plus en fonction des compétences d’administrateur des politiciens. Or, pour gérer l’État, les politiciens ne pourraient-ils pas profiter des services d’administrateurs professionnels (sous-ministres, fonctionnaires, etc.)? Si les politiciens se réduisent à de simples gestionnaires et ne présentent plus aucune vision du monde à créer et que les fonctionnaires (par définition) ne peuvent pas non plus jouer ce rôle, qui gouverne vraiment?


À ce sujet, et au sujet de cette logique de l’administration, voici un extrait d’intérêt du Monde de ce matin :

Conformément aux préceptes de la gouvernance entrepreneuriale, seule l’efficacité distingue l’excellent manager. Quant à son évaluation, elle est affaire de benchmarking, soit d’une comparaison des performances de chacun à l’aune d’un panel de résultats chiffrés. Dans le champ politique, les chiffres incluent la cote de popularité, le volume des investissements étrangers et le taux d’intérêt de la dette publique. En outre, pour motiver les hommes, le benchmarking suppose l’identification d’un exécutant modèle. Ainsi l’alliage du coup de menton « vallsien » et de la marinière « montebourgeoise » a-t-il été formé pour faire concurrence au manager du mois – le fringant Matteo Renzi, le premier ministre de la Péninsule qui promet de rendre la confiance aux Italiens sans perdre celle des investisseurs. Manuel Valls et son acolyte seront-ils à la hauteur de la tâche ? Seront-ils capables, au bout du compte, de damer le pion à l’équipe sélectionnée par l’UMP ? Il est permis d’en douter.



 


Quelle gauche Manuel Valls incarne-t-il ?
Philosophe, président de l’association Cette France-là Michel Feher
Le Monde
avr. 5 2014

L’état d’esprit de François Hollande au soir du second tour des élections municipales, c’est Alain Juppé qui l’exprimait le mieux. Si les électeurs ont infligé une déroute à la majorité présidentielle, expliquait l’ancien premier ministre, « [ce] n’est…lisez plus…

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plus un discours s’adresse aux sens, moins il s’adresse à l’intellect

23 mars 2014

Mais, à présent, le discours n’était pas seulement devenu plus important qu’avant, il s’était aussi, par nécessité, radicalement transformé. En s’adressant à tous et non plus à des représentants élus du peuple, il devait aussi être compris de tous et, par conséquent, devenir plus populaire. Ce qui est populaire, c’est le concret; plus un discours s’adresse aux sens, moins il s’adresse à l’intellect, plus il est populaire. Il franchit la frontière qui sépare la popularité de la démagogie ou de la séduction d’un peuple dès lors qu’il passe délibérément du soulagement de l’intellect à sa mise hors circuit et à son engourdissement.


– Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, 1947.

De minuscules doses d’arsenic

23 mars 2014

Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception.

Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. On a coutume de prendre ce distique de Schiller, qui parle de la «langue cultivée qui poétise et pense à ta place», dans un sens purement esthétique et, pour ainsi dire, anodin. Un vers réussi, dans une «langue cultivée», ne prouve en rien la force poétique de celui qui l’a trouvé; il n’est pas si difficile, dans une éminemment cultivée, de se donner l’air d’un poète et d’un penseur.

Mais la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment à elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue cultivée est constituée d’éléments toxiques ou si l’on en a fait le vecteur de substances toxiques? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. Si quelqu’un, au lieu d’«héroïque et vertueux», dit pendant assez longtemps «fanatique», il finira par croire vraiment qu’un fanatique est un héros vertueux et que, sans fanatisme, on ne peut pas être un héros.

– Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, 1947.

Avons-nous des exemples de ces minuscules doses d’arsenic? Il est possible de penser, rapidement, à :

  • Client plutôt qu’élève ou étudiant
  • Boycott étudiant
  • Gouvernance
  • Efficience
  • «Rien ne nous permet de déclarer cette manifestation légale»
  • Pédagogique
  • etc.

Technique de propagation d’une idéologie – Berlusconi au Québec

21 novembre 2013

«Le berlusconisme a été savamment inoculé à la société italienne par la voie des médias et le concours d’intellectuels thuriféraires du pouvoir. Toutes proportions gardées et en excluant que l’on puisse reproduire ici un phénomène lié à une histoire et à des traits identitaires qui ne sont pas les nôtres (comme certains s’évertuent, à tort, à le faire dans le cas de l’islamisme), l’expérience italienne peut par contre nous éclairer au moins sur un aspect : la technique de propagation d’une idéologie. Depuis au moins une décennie, nous assistons, au Québec, non sans perplexité, à une campagne menée sur toutes les tribunes en faveur du nationalisme conservateur. En plus de reproposer, après un assez long séjour dans les limbes de l’histoire, la figure du Canadien français, aux couleurs sépia et aux accents groulciens, comme socle identitaire, les défenseurs de cette idéologie passéiste et revancharde poursuivent, avec une ferveur de croisés, la chimère d’un Québec assimilationniste. Il faudrait que ces hérauts d’un temps révolu nous expliquent pourquoi l’assimilation, que les francophones d’Amérique ont combattue avec tant de détermination, serait souhaitable pour les immigrants.»

– Marco Micone (2013). «Italie – Le berlusconisme survivra-t-il au «Cavaliere»?», LeDevoir, 2013-11-20, http://www.ledevoir.com/international/europe/393124/le-berlusconisme-un-danger-pour-la-democratie

La CCN, toujours à la recherche du parfait décor

3 décembre 2012

Les arrestations préventives ont-elles leur raison d’être?

10 juin 2012

201105

Petite vidéo de la manif du 2 juin 2012 (Montréal)

3 juin 2012

On va se mettre en opposition carrée au pouvoir !

1 juin 2012

« La jeunesse a l’œil fixé sur la justice, sur l’amour, sur la liberté, sur la joie de créer, mais le pouvoir, lui, ne songe, plus qu’à organiser la force et la répression. Ayant constitué sa puissance, il s’explique de plus en plus comme un pouvoir et de moins en moins comme le siège par excellence de la vie sociale, culturelle et politique, de la vie démocratique, culturelle et politique, de la vie démocratique qu’on devrait trouver chez un peuple libre. Ses réactions sont caractéristiques : il organise la police comme il ne l’a jamais fait, il dénonce et traque les vrais opposants, il intimide et traque les gens pour leurs opinions, il espionne comme il n’a jamais espionné, il viole les domiciles et la vie privée des citoyens qu.il n’aime pas, il tient des fiches et des dossiers sur tous les citoyens qui ont l’air de ne pas être d’accord avec lui, il tente de réduire à sa merci les départements de sciences humaines un peu partout, il s’en prend aux non conformistes et s’inquiète de leur coiffure et de leur accoutrement, il invite à la délation et il récompense, il érige le plus rapidement possible le mur de la richesse et ses politiques laissent dehors les milliers et les milliers de malheureux que le système des accapareurs exploite et perd définitivement chaque année. Il combine et il vole ; il se donne aux nuées d’affairistes et de parasites qui encombrent ce bordel de la finance ou ce tripot pour parvenus que constitue la société cupide qu’il entretient. Tout cela s’appelle la renaissance du pouvoir réactionnaire, le silence généralisé des comparses, l’isolement de la jeunesse dans son idéal et dans sa révolte. C’est là ce qui se passe actuellement. Rien que cela ». (1er mai 1969). Quand même que la presse au complet nous dirait que nous devons collaborer avec les institutions établies et avec les gouvernements établis, nous leur disons que nous ne serons pas complices de leurs turpitudes. Nous ne voulons collaborer en aucune circonstance ! On va se mettre en opposition carrée au pouvoir ! On va aider tous ceux qui veulent protester, contester, et faire la révolution ! (1970)

 

– Michel Chartrand, 1970.

 

Le risque du compromis dans le cadre de la crise sociale actuelle au Québec

26 mai 2012

Au cours des dernières semaines, la crise sociale que vit le Québec a pris une ampleur sans précédent. Alors que les revendications des étudiants semblaient a priori relativement circonscrites, leur capacité de mobilisation, la force de leur analyse (de même que les erreurs manifestes du gouvernement Charest) auront créé un souffle de changement inédit au Québec.

 

Une progression dans les revendications

Au cours des dernières semaines en effet, les revendications des étudiants sont devenues de plus en plus vastes. Les étudiants ont commencé par remettre en question la gestion des universités, pour ensuite s’attaquer aux décisions économiques du gouvernement au cours de ses 9 années de règne (y compris le Plan-Nord, l’exploitation des gaz de schistes, la vente des ressources naturelles de l’Île d’Anticosti, les compressions dans la fonction publique et les révisions à la fiscalité). Ces revendications dressaient un vaste portrait où il paraissait de plus en plus évident que le gouvernement avait tout simplement fait des choix politiques, en fonction de ses convictions, sans égard à la volonté populaire et sans égard aux impacts réels sur la population concernée et que, par conséquent, il pourrait tout aussi bien choisir d’investir en éducation pour un gel des frais de scolarité.

Au-delà de ces revendications à saveur économique, les étudiants — et tranquillement la population en dans son ensemble — se sont mises à toucher la gestion de l’État et le fonctionnement même de la démocratie parlementaire québécoise. Le refus de discuter du gouvernement Charest a mis en évidence tout le mépris dont pouvait faire preuve un gouvernement sans qu’il en ait à réellement en payer le prix. Le législateur avait le gros bout du bâton et pouvait faire la sourde oreille sans que sa légitimité ne soit réellement remis en cause.

De même, l’utilisation de plus en plus violente de la force policière illustrait une conception des rapports de force que les étudiants peinaient à admettre et que de plus en plus de citoyens jugeaient inacceptable. Ils se trouvaient face à un interlocuteur qui avaient des armes puissantes et qui n’avaient, in fine, aucun avantage à les entendre réellement. Enfin, le dépôt de la Loi 78 est venu sceller la position populaire. Comment admettre en effet qu’un gouvernement se revendiquant de la démocratie n’apporte plus aucun argument et tente de réduire au silence non seulement les étudiants, mais tout autre citoyen qui auraient des revendications.

Ainsi, au cours des dernières semaines, le Québec est passé d’un conflit entre les étudiants et l’État — comme il en a été témoin quelques fois dans son histoire — à un affrontement entre deux conceptions opposées de la démocratie. Le soulèvement populaire et citoyen actuel renvoie en effet dos à dos une conception de la démocratie qui se réduit à l’élection d’un pouvoir exécutif et législatif (s’incarnant dans les mêmes personnes dans notre système de gouvernement) et une conception qui soutient plutôt que quiconque a des revendications sérieuses, une idée nouvelles, une doléance devrait avoir droit de cité et devrait pouvoir influer sur les positions et les décisions gouvernementales.

Essentiellement, les étudiants avaient compris que la démocratie exigeait que le peuple demeure souverain et donc qu’il ait véritablement voix au chapitre ce qui, visiblement n’était pas le cas dans le Québec de M. Charest. La dissonance était donc totale entre leur compréhension de la démocratie et les outils de répressions et de mépris que l’État utilisait contre eux. Comment comprendre en effet que dans ce système où tous sont égaux devant la loi, tous ne sont pas égaux devant l’État (les chefs d’entreprises n’ont-ils pas l’oreille du gouvernement sans devoir utiliser la mobilisation de masse)?

 

Des alliés de partout

Cette progression des revendications jumelée à la capacité remarquable de mobilisation des étudiants ont créé une adhésion populaire sans précédent qui permet de regrouper, non seulement les grandes centrales syndicales, mais aussi une grande partie de la société civile, certains partis politiques de même que, de plus en plus, une diversité de groupes de partout au Canada et même dans le reste du monde. Rarement, une mobilisation québécoise n’aura eu autant d’écho dans le reste du Canada et à plus forte raison dans le reste du monde.

Cette mobilisation très large apporte une vigueur renouvelée au mouvement de contestation qui, rappelons-le, est passé d’une revendication touchant la hausse des frais de scolarité programmée par le gouvernement Charest à une série de revendications beaucoup plus vastes et qui, à terme, pourraient remettre en cause le fonctionnement même de notre système politique. D’aucuns pourraient même soutenir que la dernière fois qu’une remise en question aussi profonde du système de gouvernement en place ait pris forme au Québec ou au Canada date de la Révolte des Patriotes ou de la Grève de Winnipeg.

 

Une force sans précédent

Ainsi, grâce à cette vaste mobilisation et à l’importance et la diversité des revendications qui ont émergé de la crise actuelle, un potentiel de changement sans précédent existe. Le Québec se retrouve, après plus de 15 semaines de mobilisation, dans une position prérévolutionnaire (la réaction de Louis XVI à prise de la Bastille serait tout à fait à propos pour M. Charest et ses conseillers). Le rapport de force est indéniablement en faveur non seulement des étudiants, mais de la société civile dans son ensemble.

Essentiellement ce que demandent toutes les parties ayant investi la mobilisation actuelle, c’est d’avoir voix au chapitre, c’est le droit de cité. Ce qui est exigé, c’est la possibilité de participer au processus décisionnel gouvernemental. De plus en plus de citoyens estiment que le simple fait de voter une fois aux quatre ans n’est tout simplement pas suffisant et ne reconnaît pas la souveraineté du peuple (ce qui explique sans doute en partie les faibles taux de participations aux élections de même que la propension, au cours des dernières années, à choisir soit des gouvernements minoritaires, soit des partis d’opposition très forts). Ceux-ci exigent d’être entendus, exigent que leur pouvoir soit respecté et qu’il puisse s’incarner de façon systémique dans les processus décisionnels. Une « sortie de crise » pourrait ainsi passer par des changements radicaux dans le système de gouvernement que nous nous sommes donnés. Elle pourrait par exemple passer par une révision en profondeur de ces processus afin de permettre aux citoyens d’agir et de choisir non pas une seule fois par 4 ans, mais en continu. Il n’est pas question ici de donner plus de pouvoir aux citoyens, il est simplement question de reconnaître de façon systémique le pouvoir qu’il détient en réalité!

Malheureusement, une «sortie de crise» pourrait aussi passer par une certaine forme de compromis relativement mou (hausse moindre des frais de scolarité, par exemple) avec un gouvernement que plusieurs trouvent illégitime.

 

Le risque du compromis

Comme il est fut mention plus haut, il est possible de croire que la mobilisation à laquelle nous assistons est issue à la fois de la progression dans les revendications des étudiants, à l’adhésion que ces revendications a reçue de plusieurs acteurs, groupes et citoyens de même qu’à l’appui qu’elle reçoit de plusieurs groupes d’ici et d’ailleurs. Cette mobilisation apporte une force nouvelle au mouvement étudiant et ouvre des possibles qui n’étaient même pas envisageables au départ. Elle apporte cependant aussi un certain risque et une certaine responsabilité.

Si les revendications dépassent dorénavant la seule question de la hausse des frais de scolarité et qu’elles expliquent en partie la mobilisation actuelle, un éventuel compromis sur cette seule question dans le cadre de négociations entre le mouvement étudiant et l’État risque non seulement de ne plus être satisfaisant pour tous les groupes mobilisés sans nécessairement prendre part aux discussions, mais risque par surcroît de créer une rupture importante entre la société civile et les étudiants. En effet, si certains étudiants pourraient y trouver leur compte, plusieurs autres, actifs parce qu’ils remettent dorénavant en question la façon de gérer les choses de l’État, de même que la société civile qui, si elle croit au gel des frais de scolarité (voire au gel), n’en a pas moins des revendications qui les dépassent largement.

Un éventuel compromis sur la seule question des frais de scolarité risque par ailleurs de créer une démobilisation massive chez des alliés du mouvement étudiant d’ici et de partout dans le monde. Essentiellement, si les négociations à venir n’accouchent que d’une souris, il existe un risque évident non seulement de passer à côté de changements massifs dans notre système de gouvernement, mais que plusieurs groupes mobilisés à l’heure actuelle le vivent comme un nouvel échec dans leurs revendications pour une société plus juste et humaine et qui ne serait plus au service du seul marché.

La mobilisation est sans précédent, il serait plus que dommage de ne pas lui permettre les victoires qu’elle a toute les chances de réaliser.

Cela dit, un compromis ne sera pas nécessairement un recul. Il demeure possible de trouver des solutions «négociées». De même, il existe encore plusieurs avenues qui permettraient de respecter l’effort de mobilisation actuelle et de permettre des gains importants pour toutes les parties y ayant investis et s’y étant impliquées. Je ferai quelques propositions en ce sens dans un prochain billet.