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Les arrestations préventives ont-elles leur raison d’être?

10 juin 2012

201105

Petite vidéo de la manif du 2 juin 2012 (Montréal)

3 juin 2012

Le risque du compromis dans le cadre de la crise sociale actuelle au Québec

26 mai 2012

Au cours des dernières semaines, la crise sociale que vit le Québec a pris une ampleur sans précédent. Alors que les revendications des étudiants semblaient a priori relativement circonscrites, leur capacité de mobilisation, la force de leur analyse (de même que les erreurs manifestes du gouvernement Charest) auront créé un souffle de changement inédit au Québec.

 

Une progression dans les revendications

Au cours des dernières semaines en effet, les revendications des étudiants sont devenues de plus en plus vastes. Les étudiants ont commencé par remettre en question la gestion des universités, pour ensuite s’attaquer aux décisions économiques du gouvernement au cours de ses 9 années de règne (y compris le Plan-Nord, l’exploitation des gaz de schistes, la vente des ressources naturelles de l’Île d’Anticosti, les compressions dans la fonction publique et les révisions à la fiscalité). Ces revendications dressaient un vaste portrait où il paraissait de plus en plus évident que le gouvernement avait tout simplement fait des choix politiques, en fonction de ses convictions, sans égard à la volonté populaire et sans égard aux impacts réels sur la population concernée et que, par conséquent, il pourrait tout aussi bien choisir d’investir en éducation pour un gel des frais de scolarité.

Au-delà de ces revendications à saveur économique, les étudiants — et tranquillement la population en dans son ensemble — se sont mises à toucher la gestion de l’État et le fonctionnement même de la démocratie parlementaire québécoise. Le refus de discuter du gouvernement Charest a mis en évidence tout le mépris dont pouvait faire preuve un gouvernement sans qu’il en ait à réellement en payer le prix. Le législateur avait le gros bout du bâton et pouvait faire la sourde oreille sans que sa légitimité ne soit réellement remis en cause.

De même, l’utilisation de plus en plus violente de la force policière illustrait une conception des rapports de force que les étudiants peinaient à admettre et que de plus en plus de citoyens jugeaient inacceptable. Ils se trouvaient face à un interlocuteur qui avaient des armes puissantes et qui n’avaient, in fine, aucun avantage à les entendre réellement. Enfin, le dépôt de la Loi 78 est venu sceller la position populaire. Comment admettre en effet qu’un gouvernement se revendiquant de la démocratie n’apporte plus aucun argument et tente de réduire au silence non seulement les étudiants, mais tout autre citoyen qui auraient des revendications.

Ainsi, au cours des dernières semaines, le Québec est passé d’un conflit entre les étudiants et l’État — comme il en a été témoin quelques fois dans son histoire — à un affrontement entre deux conceptions opposées de la démocratie. Le soulèvement populaire et citoyen actuel renvoie en effet dos à dos une conception de la démocratie qui se réduit à l’élection d’un pouvoir exécutif et législatif (s’incarnant dans les mêmes personnes dans notre système de gouvernement) et une conception qui soutient plutôt que quiconque a des revendications sérieuses, une idée nouvelles, une doléance devrait avoir droit de cité et devrait pouvoir influer sur les positions et les décisions gouvernementales.

Essentiellement, les étudiants avaient compris que la démocratie exigeait que le peuple demeure souverain et donc qu’il ait véritablement voix au chapitre ce qui, visiblement n’était pas le cas dans le Québec de M. Charest. La dissonance était donc totale entre leur compréhension de la démocratie et les outils de répressions et de mépris que l’État utilisait contre eux. Comment comprendre en effet que dans ce système où tous sont égaux devant la loi, tous ne sont pas égaux devant l’État (les chefs d’entreprises n’ont-ils pas l’oreille du gouvernement sans devoir utiliser la mobilisation de masse)?

 

Des alliés de partout

Cette progression des revendications jumelée à la capacité remarquable de mobilisation des étudiants ont créé une adhésion populaire sans précédent qui permet de regrouper, non seulement les grandes centrales syndicales, mais aussi une grande partie de la société civile, certains partis politiques de même que, de plus en plus, une diversité de groupes de partout au Canada et même dans le reste du monde. Rarement, une mobilisation québécoise n’aura eu autant d’écho dans le reste du Canada et à plus forte raison dans le reste du monde.

Cette mobilisation très large apporte une vigueur renouvelée au mouvement de contestation qui, rappelons-le, est passé d’une revendication touchant la hausse des frais de scolarité programmée par le gouvernement Charest à une série de revendications beaucoup plus vastes et qui, à terme, pourraient remettre en cause le fonctionnement même de notre système politique. D’aucuns pourraient même soutenir que la dernière fois qu’une remise en question aussi profonde du système de gouvernement en place ait pris forme au Québec ou au Canada date de la Révolte des Patriotes ou de la Grève de Winnipeg.

 

Une force sans précédent

Ainsi, grâce à cette vaste mobilisation et à l’importance et la diversité des revendications qui ont émergé de la crise actuelle, un potentiel de changement sans précédent existe. Le Québec se retrouve, après plus de 15 semaines de mobilisation, dans une position prérévolutionnaire (la réaction de Louis XVI à prise de la Bastille serait tout à fait à propos pour M. Charest et ses conseillers). Le rapport de force est indéniablement en faveur non seulement des étudiants, mais de la société civile dans son ensemble.

Essentiellement ce que demandent toutes les parties ayant investi la mobilisation actuelle, c’est d’avoir voix au chapitre, c’est le droit de cité. Ce qui est exigé, c’est la possibilité de participer au processus décisionnel gouvernemental. De plus en plus de citoyens estiment que le simple fait de voter une fois aux quatre ans n’est tout simplement pas suffisant et ne reconnaît pas la souveraineté du peuple (ce qui explique sans doute en partie les faibles taux de participations aux élections de même que la propension, au cours des dernières années, à choisir soit des gouvernements minoritaires, soit des partis d’opposition très forts). Ceux-ci exigent d’être entendus, exigent que leur pouvoir soit respecté et qu’il puisse s’incarner de façon systémique dans les processus décisionnels. Une « sortie de crise » pourrait ainsi passer par des changements radicaux dans le système de gouvernement que nous nous sommes donnés. Elle pourrait par exemple passer par une révision en profondeur de ces processus afin de permettre aux citoyens d’agir et de choisir non pas une seule fois par 4 ans, mais en continu. Il n’est pas question ici de donner plus de pouvoir aux citoyens, il est simplement question de reconnaître de façon systémique le pouvoir qu’il détient en réalité!

Malheureusement, une «sortie de crise» pourrait aussi passer par une certaine forme de compromis relativement mou (hausse moindre des frais de scolarité, par exemple) avec un gouvernement que plusieurs trouvent illégitime.

 

Le risque du compromis

Comme il est fut mention plus haut, il est possible de croire que la mobilisation à laquelle nous assistons est issue à la fois de la progression dans les revendications des étudiants, à l’adhésion que ces revendications a reçue de plusieurs acteurs, groupes et citoyens de même qu’à l’appui qu’elle reçoit de plusieurs groupes d’ici et d’ailleurs. Cette mobilisation apporte une force nouvelle au mouvement étudiant et ouvre des possibles qui n’étaient même pas envisageables au départ. Elle apporte cependant aussi un certain risque et une certaine responsabilité.

Si les revendications dépassent dorénavant la seule question de la hausse des frais de scolarité et qu’elles expliquent en partie la mobilisation actuelle, un éventuel compromis sur cette seule question dans le cadre de négociations entre le mouvement étudiant et l’État risque non seulement de ne plus être satisfaisant pour tous les groupes mobilisés sans nécessairement prendre part aux discussions, mais risque par surcroît de créer une rupture importante entre la société civile et les étudiants. En effet, si certains étudiants pourraient y trouver leur compte, plusieurs autres, actifs parce qu’ils remettent dorénavant en question la façon de gérer les choses de l’État, de même que la société civile qui, si elle croit au gel des frais de scolarité (voire au gel), n’en a pas moins des revendications qui les dépassent largement.

Un éventuel compromis sur la seule question des frais de scolarité risque par ailleurs de créer une démobilisation massive chez des alliés du mouvement étudiant d’ici et de partout dans le monde. Essentiellement, si les négociations à venir n’accouchent que d’une souris, il existe un risque évident non seulement de passer à côté de changements massifs dans notre système de gouvernement, mais que plusieurs groupes mobilisés à l’heure actuelle le vivent comme un nouvel échec dans leurs revendications pour une société plus juste et humaine et qui ne serait plus au service du seul marché.

La mobilisation est sans précédent, il serait plus que dommage de ne pas lui permettre les victoires qu’elle a toute les chances de réaliser.

Cela dit, un compromis ne sera pas nécessairement un recul. Il demeure possible de trouver des solutions «négociées». De même, il existe encore plusieurs avenues qui permettraient de respecter l’effort de mobilisation actuelle et de permettre des gains importants pour toutes les parties y ayant investis et s’y étant impliquées. Je ferai quelques propositions en ce sens dans un prochain billet.

 

 

Avis de manifestation – Chambre de commerce de Gatineau (2012-05-17)

20 mai 2012

Texte de la Loi 78 (2012-05-18)

19 mai 2012

Loi 78 (version amendée)

Copie du Projet de loi 78 (2012-05-17)

18 mai 2012

projetdeloi78