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Les bâtisseurs fossoyeurs

14 mai 2009

En réponse à un texte publié dans l’édition du journal LeDroit de lundi dernier, ce même quotidien publie un de mes textes aujourd’hui.

Le texte auquel je réagis se trouve ICI.

Les bâtisseurs fossoyeurs[1]
LeDroit, le 14 mai 2009. »

C’est tout de même assez rare que nous ayons l’occasion de lire des lettres ouvertes aussi pleines de mauvaise foi et de démagogie! L’œuvre de M. Beaulieu, des entreprises de constructions Beaulieu, se démarque par cette mauvaise foi qui caractérise ces entrepreneurs bornés qui se croient tout permis. En ce sens, le texte de M. Beaulieu est une perle. Sa dissertation au sujet du droit inaliénable du propriétaire de faire ce que bon lui semble sur ses propriétés : quelle merveille! Je pensais justement m’ouvrir un dépotoir à ciel ouvert sur mon terrain au centre-ville de Buckingham! « Achalez-moi pas! » Je suis un bâtisseur! Un visionnaire!

M. Beaulieu oublie — et ça tombe sous le sens — dans son analyse des 2X4 pourris que la ville de Hull a, depuis des lunes, payé le prix fort de ces « entrepreneurs » qui les ont laissés pourrir ces 2X4 sous prétexte que la valeur du terrain dépassait de beaucoup celle des bâtiments qui s’y trouvaient. À l’époque, nous appelions ça de la spéculation foncière. Ça fait combien d’années au juste que l’Hôtel Chez Henri pourrit de l’intérieur? Et maintenant, parce que c’est trop compliqué à réparer il faudrait tout raser? M. Beaulieu oublie aussi que les clauses de l’entente avec la ville sur ce que le propriétaire avait le droit ou non de faire à ce bâtiment étaient signées de longue date. Il y a eu engagement! Si le propriétaire n’était pas suffisamment lucide pour savoir ce que cet engagement impliquait ne devrait-il pas en payer le prix? À moins bien sûr qu’il n’ait jamais eu l’intention de respecter ces engagements — hypothèse que je n’oserais jamais avancer. Je rappelle qu’en août 2008, la journaliste Justine Mercier nous apprenait, en ces pages que « De l’extérieur, le bâtiment existant préservera la même image. Quelques briques trop usées devront être remplacées, mais ce qui peut être préservé le sera. »

J’aime bien aussi la diatribe de M. Beaulieu au sujet du pouvoir de l’entrepreneur de bâtir nos villes. Bien entendu, M. Beaulieu omet de rappeler que la ville a maintes fois offert des crédits d’impôt à ces bâtisseurs pour rénover l’hôtel Chez Henri. L’entrepreneur, si friand du « laisser-vivre », aurait donc bénéficié de l’aide financière des citoyens. Quelle mauvaise foi! « Si vous n’êtes pas contents, pourquoi ne pas l’avoir acheté ce taudis? » Imaginez la réaction de M. Beaulieu si la ville avait acheté l’hôtel! Imaginez sa réaction si les citoyens avaient décidé de s’approprier non seulement l’édifice, mais le terrain! Parce que l’on comprend bien que pour M. Beaulieu, le bâtiment n’a aucune valeur, c’est le terrain qui importe. Quel bâtisseur vous faites, M. Beaulieu! De la trempe de ces types qui ont cru que ce serait une idée bonne de démolir la maison Hammond pour y placer un concessionnaire dont il ne restera plus rien d’ici 20 ans. Peut-être M. Beaulieu daignera-t-il nous laisser habiter dans la ville qu’il se sera construite. Dites-moi, comment un édifice à bureau supplémentaire contribuera-t-il au bien-être des citoyennes et citoyens de notre ville, sinon si le propriétaire, en retour de l’avantage qui lui est donné, permet à ceux-ci de profiter de leur héritage?

On comprend bien, à lire M. Beaulieu, qu’il conçoit que la ville lui appartient et que tant qu’il aura l’argent pour y investir il peut bien la bâtir à son image sans soucis pour celles et ceux qui y habitent et y vivent, sans soucis pour celles et ceux qui aiment cette ville. Je rappelle par ailleurs à M. Beaulieu qu’il n’est pas inédit à ce qu’on exige réparation à des entrepreneurs irrespectueux en Outaouais. Peut-être vous souvenez-vous de l’affaire Dasken dans les années 1970 où la cour suprême avait finalement ordonné la démolition d’édifices nouvellement construits en contravention du règlement de zonage.

Charles-Antoine Bachand,
Gatineau.

Notes

[1] J’offre ici la version originale de mon texte et non celle publiée par LeDroit

Worker’s Republic… Windows and Doors

11 janvier 2009

Comme toujours, de par le monde, des mouvements ouvriers nous montrent la voie vers ce qui devraient être possible pour tous. Les travailleurs syndiqués de l’usine Republic Windows and Doors ont fait acte de résistance en décembre dernier et ont gagné!

Les victoires de nos concitoyens méritent d’être partagées et célébrées!

When the workers at Republic Windows and Doors — in Chicago, USA — were notified their factory would close in three days, they took matters into their own hands. The unionised workers seized control of the factory for six days to demand the entitlements they were owed by law. They also demanded that Bank of America, which was « bailed out » with taxpayers’ money just weeks before, make funds available to the company to pay the workers. On the sixth day, December 10, 2008, of their occupation, they won all their demands, and showed the world’s working class a classic example of people’s power.

suite de l’article : Workers’ Republic – Scenes from a successful factory occupation, LINKS, déc. 2008.

Sans résistance, il ne peut y avoir de victoire!

[MàJ : Peter Dreier dans le Monde diplomatique du mois de janvier fait un travail remarquable de présenter cette victoire du syndicat de l'usine Republic Windows and Doors. On y apprend entre autre l'organisation dont ont fait preuve les leaders syndicaux et on y découvre aussi le contexte dans lequel s'inscrit cette l'occupation de l'usine. En effet, les gestionnaires de l'usine avaient non seulement acheté une entreprise concurrent où les employés n'étaient pas syndiqués au mois d'octobre et avait même commencer à y transférer des équipements.]

Obama sur Flickr

7 novembre 2008

Je suis de plus en plus convaincu que l’équipe Obama profitera d’Internet et des outils de collaboration informatique comme nul autre auparavant.

Cette image de la fille d’Obama félicitant son père alors que la famille vient d’apprendre que son élection était confirmée est tout de même sans précédent.

J’ai bien hâte de voir la suite… Tant de possibilités!

Une société qui passe du militarisme à la militarisation

26 septembre 2008

La série Ideas de la radio de CBC est souvent particulièrement intéressante parce qu’elle nous offre la possibilité d’explorer des questions en prenant le temps qu’il faut pour mieux cerner leur problématique.

Récemment, Ideas consacrait 2 heures sur le passage du militarisme à la militarisation des sociétés occidentales[1]. Mary O’Connell fait un travail remarquable de lier les thèses de Arendt et des exemples récents des militarisations de nos sociétés (l’apparition des uniformes et des pratiques de «lock down» dans nos écoles ou l’omniprésence des caméras de surveillance) avec ce que vivent nos écoles, l’expérience de Milgram et les écrits récents du pédagogue critique Henry Giroux.

The Surveillance Society. The New Authoritarianism. The Age of Paranoid Politics. These are just a few of the ways writers and thinkers describe the age we’re now living in. The signs of anxiety and fear in this post 9-11 era are all around us. School lock-downs are called the new fire-drill. Recently, many schools boards in Canada made rehearsing the lock-down mandatory. The number of security staff in schools is increasing every year. By 2010 for example, there will be more security guards than teachers in American schools. But, the uniforms aren’t just being worn by security staff. More and more American public schools have adopted uniforms for students. Meanwhile the U.S. army is embedding itself in schools – targeting younger and younger students for recruitment. In Canada recruitment comes through video games that inform, entertain and seduce “action-focused males starting at 17 years old”.

— Mary O’Connell, «The Suspect Society», Ideas, CBC radio.

Lors d’un voyage en autobus ou d’un aller retour à l’épicerie, payez-vous le luxe d’écouter ne serait-ce que le premier épisode (disponible ICI et dans iTunes)[2].

Notes

[1] Mary O’Connell, «The Suspect Society», Ideas, CBC radio.

[2] Si vous peinez à trouver une version de cet épisode, faites-moi signe, je vous l’enverrai.

To be a hero, you have to learn to be a deviant!

23 septembre 2008

J’adore la psychologie sociale! Elle nous offre tant d’outils pour comprendre notre monde et comprendre le rôle que nous y jouons… souvent malgré nous. Elle nous rappelle que nous sommes des êtres résolument sociaux, des êtres qui sont issus de nos communautés, influencés pour notre monde et qu’il est primordial de tenir compte de cette réalité lorsque vient le temps d’étudier les comportements humains.

Comme j’en ai parlé ailleurs[1] [2] [3], la psychologie sociale nous offre des outils d’une puissance hors du commun pour bien cerner les dangers de réduire, comme nous le faisons trop souvent, nos actions à notre seule responsabilité individuelle. Au cours des dernières décennies, le mouvement de psychologisation aura fait de la psychologie traditionnelle une sorte de PacMan gobant tout sur son passage, réduisant nos sociétés à de simples amalgames d’actions individuelles sans égard à l’influence du contexte sur nos actions. On a fait — et faisons toujours — grand cas de l’ordre, de la norme et de l’importance de ces concepts pour assurer la paix sociale de nos sociétés modernes. Ce n’est pas sans raison que ces concepts sont fort appréciés par la droite conservatrice. En effet, ces mêmes concepts ont aussi comme revers les dangers de l’obéissance, de la soumission ou plus simplement du conformisme.

La psychologie sociale sert de remède à ces maux et aux dangers qui leur sont inhérents. Elle nous apprend que le contexte a, malgré nous, une incidence majeure sur les décisions que nous prenons. Elle nous apprend aussi les dangers qu’un enseignant, un travailleur social ou un policier fait courir à la société lorsqu’ils usent de son pouvoir pour faire régner l’ordre ou plus simplement la norme. Ces apprentissages sociaux que nous valorisons risquent, et la démonstration scientifique a été plus que faite, de nourrir l’indifférence, l’apathie, voire même l’obéissance servile chez des individus autrement doter de raison et de convictions. L’histoire nous montre les conséquences désastreuses de la servilité.

Encore une fois, une conférence de la TED illustre mon propos. Malgré que le conférencier est par trop ancré dans des concepts judéo-chrétiens un peu démodés, il montre magnifiquement les dangers de la soumission librement consentie et l’importance d’enseigner ses dangers. Le chercheur termine en effet son allocution à lançant un : « To be a hero, you have to learn to be a deviant, because you’re always going against the conformity of the group. » qui devrait résonner chez tous ceux et celles qui ont à cœur un système d’éducation qui saura faire des citoyens éclairés et actifs.

Attention : la section traitant d’Abu-Graïb demeure difficile à regarder malgré les coupures de la TED


Vous connaissez la chanson de Bécaud, L’Indifférence ?

Je vote pour la science!

23 septembre 2008

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Un message reçu de l’Agence science-presse.

500 personnes, une députée et une vague à Sherbrooke, signent Je vote pour la science!

La pétition Je vote pour la science, qui en appelle à un débat public sur la science entre les candidats aux élections, a franchi en fin de semaine le cap des 500 signatures. De ce nombre, une première députée, et pas moins de 25 professeurs de l’Université de Sherbrooke ont signifié leur appui.

Marlene Jennings, députée libérale de Notre-Dame-de-Grâces-Lachine, a en effet ajouté son nom aux signataires la semaine dernière. De même qu’Alexandre Boulerice, candidat du NPD dans Rosemont-Petite-Patrie. Parallèlement, de Sherbrooke, les signatures de professeurs et d’étudiants affluaient, plaçant pour l’instant cette université en t députée, et pas moins de 25 professeurs de l’Universiête de liste pour le nombre de signataires.

Initiée par l’Agence Science-Presse ( http://www.sciencepresse.qc.ca ) et inspirée de l’initiative américaine ( http://www.sciencedebate2008.com ) Science Debate 2008, Je vote pour la science en appelle à un débat public au cours duquel les candidats aux prochaines élections, aussi bien québécoises que canadiennes devront partager leur vision sur l’environnement, la santé et la médecine, la science et la technologie.

« La science et la technologie sont et seront au coeur de la plupart des enjeux et des défis que nous réserve le futur », écrit Normand Baillargeon, auteur bien connu et professeur à l’Université du Québec à Montréal. « Refuser d’en débattre collectivement, c’est refuser de faire bénéficier la conversation démocratique de certaines des lumières qui lui sont indispensables si elle ne veut pas sombrer dans la propagande. »

Plus tôt cette année, l’Acfas (Association francophone pour le savoir) est devenue la première organisation à annoncer son appui. La semaine dernière, la directrice générale de l’Agence Science-Presse, Josée Nadia Drouin, et le président de l’Acfas, Pierre Noreau, ont accordé une entrevue à l’émission Les Années-lumière (Radio-Canada), qu’on peut écouter ici: http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/anneeslumiere/niveau2_liste16_200809.shtml

Pour en savoir plus, lisez la liste des sept enjeux qui pourraient animer les candidats: http://jevotepourlascience.blogspot.com/2007/01/je-vote-pour-la-science.html

Signez la pétition! http://jevotepourlascience.blogspot.com/

Parlez-en sur votre blogue ou signalez-le aux blogues que vous savez être sympathiques à la science!

Pour information:
Josée Nadia Drouin
Agence Science-Presse
nadia@sciencepresse.qc.ca

Poème de Charkaoui, anniversaire de Harkat.

6 septembre 2008

Qu’est-ce qu’un certificat de sécurité ?
Un certificat de sécurité,

C’est le droit d’être traité selon les normes du non-Droit,

C’est la Justice à deux vitesses,

C’est la préséance de l’ex-parté et du huis-clos, 

C’est la Loi au service du Service[1]!
Un certificat de sécurité,

C’est le pen, le trou et les « scrous »,

C’est la visite contact sans contact,

C’est la vitre qui sépare des être chers,

C’est le « deadlock »[2], la solitude. et respirer la pourriture.
Un certificat de sécurité,

C’est être mineur à trente ans,

C’est le petit fonctionnaire constipé qui devient inquisiteur,

C’est l’inquisiteur imbu de lui-même ayant des airs de tortionnaire,

C’est la culpabilité d’être né ailleurs!
Un certificat de sécurité,

C’est Big brother à la maison,

C’est la télé réalité sans coupure publicitaire,

C’est dehors dehors l’immigré,

C’est tais-toi et encaisse!
Un certificat de sécurité,

C’est tout ça mais pas seulement ça,

C’est Hassan et Mahjoub et leur grève de la faim,

C’est Sophie Harkat sans Harkat,

C’est Jaballah1et Jaballah2!
Un certificat de sécurité,

C’est cette mélancolique litanie d’un candidat à la torture,

C’est être musulman au pays de Chrétien, 

C’est la bêtise humaine avec des allures de sagesse,

C’est moi aujourd’hui toi peut-être demain!

Adil CHARKAOUI

La lutte doit continuer pour ces hommes qui font l’objet de mesures extraordinaires où il n’ont tout simplement plus droit aux simples droits que leur confère l’Habeas Corpus…

Le 6 août dernier, ce fut l’anniversaire de naissance de M. Mohamed Harkat. Il a 40 ans. Il s’agit sans doute d’une bonne occasion, un mois plus tard, alors qu’une célébration se déroule en son honneur à Ottawa, d’écrire à notre député fédéral pour qu’il adresse ses meilleurs vœux à l’un de ses pensionnaires.

Notes

[1] Terme désignant le S.C.R.S. dans les documents de la Cour fédérale

[2] Le pénitencier, le cachot, les gardes et l’enfermement dans le langage carcéral au Canada

Sugata Mitra et son trou dans les murs

31 août 2008

Une merveille!

Le professeur Sugata Mitra présente brièvement les résultats d’une série d’expériences qu’il a menées en Inde depuis une demi-douzaine d’années. M. Mitra s’est amusé à percer un trou dans les murs de villages isolés pour y placer un banal ordinateur. En quelques minutes, les premiers enfants, qui ne connaissaient jusqu’alors rien de l’informatique savaient exploiter ce nouvel environnement. En quelques semaines, plusieurs avaient même acquis une nouvelle langue.

Ses conclusions :

  1. L’isolement a un impact réel sur la qualité de l’éducation
  2. Les TIC devraient être intégrées d’abord dans les lieux isolés
  3. Les valeurs sont acquises; les dogmes et la doctrine sont imposés
  4. L’apprentissage est un système qui s’auto-organise.

Sans adulte (et sans doute parce qu’il n’y avait justement pas d’adulte), les jeunes de ces expériences ont su travailler ensemble (le groupe semblait en effet une condition essentielle de l’apprentissage) pour apprendre à un rythme comparable à ce qui se passe généralement en classe.

La vidéo peut paraître un peu longue — 20 minutes c’est beaucoup ;-) —, mais la beauté de ce qu’on y découvre en vaut vraiment le coup.

Sharpening Citizenship Skills through Electronic Discussion

26 août 2008

At the heart of social studies education is the notion that social studies teachers teach core civic values that educate citizens and perpetuate democracy. The author of this article asserts that as the democratic system continues to evolve, technology is playing a greater role in how people learn and communicate. It makes sense, then, that social studies educators use technology to teach new forms of communication. As more and more schools offer, or in some cases insist upon, Internet-based class interfaces, it is worth the time to evaluate how successful electronic discourse enhances classroom instruction. What exactly is electronic discourse? How is it known that the task is improving student learning? To help answer these questions, the author describes an electronic discussion board-related assignment completed by her 10th-grade world history students and also detail her conclusions, overall, about working with this medium.

— Snyder, C. (2008, January 1). Sharpening Citizenship Skills through Electronic Discussion. Social Education, 72(3), 147.