Articles Taggés ‘Éducation nouvelle’

Deux citations d’Einstein au sujet de l’éducation

28 février 2010

To me the worst thing seems to be a school principally to work with methods of fear, force and artificial authority. Such treatment destroys the sound sentiments, the sincerity and the self-confidence of pupils and produces a subservient subject.

It is, in fact, nothing short of a miracle that the modern methods of education have not yet entirely strangled the holy curiosity of inquiry; for this delicate little plant, aside from stimulation, stands mainly in need of freedom; without this it goes to wrack and ruin without fail. It is a very grave mistake to think that the enjoyment of seeing and searching can be promoted by means of coercion and a sense of duty. To the contrary, I believe that it would be possible to rob even a healthy beast of prey of its voraciousness, if it were possible, with the aid of a whip, to force the beast to devour continuously, even when not hungry, especially if the food, handed out under such coercion, were to be selected accordingly.
-Albert Einstein

Sources d’inspiration pour un futur Groupe québécois d’éducation nouvelle

6 août 2009

Organismes

Recherches et chercheurs


Le cynisme des chiens.

16 décembre 2008

La semaine dernière, je soulignais à mes amis dans Twitter un événement plus que scandaleux. Dans une école de Marciac, dans le Gers en France. Les policiers sont intervenus en force avec leurs chiens dans une école.

Une monstruosité qu’il faut dénoncer.

Le témoignage d’un enseignant des lieux est particulièrement éprouvant. Il nous raconte entre autres que :

Parmi les jeunes, il y a des mineurs. Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! »

En réponse à cette histoire le philosophe Jacky Dahomay partage ses réflexions qui méritent d’être largement diffusées.

Le cynisme des chiens.

Le récit ahurissant fait par un enseignant du Gers concernant l’intrusion dans sa classe de gendarmes et d’un chien, m’a littéralement bouleversé. Et j’ai pleuré. De rage bien entendu. Je suis un vieil enseignant, à la veille de la retraite. Ce métier a été ma seule vocation. Je me suis toujours tenu pour le seul maître dans ma classe après Dieu (s’il existe bien entendu !) et personne n’y rentre sans mon autorisation, ni chef d’établissement, ni inspecteur, ni ministre et, à fortiori, ni gendarme ni chien. Impossible ! A moins d’un cas de force majeure grave que le chef d’établissement devra m’expliquer au préalable. Je le dis donc tout net : si une telle chose m’arrivait je donnerais l’ordre aux élèves de désobéir. Telle est mon éthique de professeur. J’estime ma mission d’enseignant plus haute que ma propre sécurité. En vérité, depuis quelques années, les enseignants s’accommodent de bien de choses inacceptables. Oublient-ils ce principe républicain qui veut que l’instruction publique vise aussi à former des citoyens incommodes ?

Comment en est-on arrivé là ? Tout se passe aujourd’hui comme s’il y avait une redoutable confusion des rôles, des institutions comme de leurs fonctionnaires .De toute évidence, au niveau des responsables de l’Etat comme au sein de la population, il y a confusion entre l’espace public propre à l’école et d’autres formes d’espaces publics ou communs. Or, l’école n’est pas publique au sens ou peuvent l’être les chemins de fer, les télécommunications ou la place du marché. Cela fait des années qu’on croit bien faire en ouvrant l’école sur l’extérieur. La rue y est rentrée, avec son lot de désagréments. Si la rue peut enrichir l’expérience, seule l’école donne une véritable instruction. Comment des vérités aussi élémentaires peuvent-t-elles avoir été oubliées ?

Admettons qu’un policier ait toute légitimité pour procéder à des fouilles dans les aéroports et dans la rue (à condition bien sûr que cela ne s’adressent pas qu’aux basanés !). Cela lui donne-t-il pour autant le droit de se substituer à l’autorité du maître dans sa classe ? On a souvent du mal à distinguer entre le maître qui impose une domination et le maître qui exerce un magistère. Et comme ce principe s’est perdu, le maître-chien, fût-il gendarme, se sent autorisé lui aussi à prendre la place de l’enseignant à l’école. Et quand un magistrat se permet de croire que la peur du gendarme introduite brutalement à l’école est ce qui préservera les élèves de la délinquance on se demande, bien que n’étant pas gaulois, si le ciel n’est pas tombé sur notre tête ! La peur et la répression ont remplacé la mission éducative de l’école. Quel échec ! Sait-on simplement que lorsque le chien et le gendarme se substituent à l’autorité du maître à l’école, c’est que les loups hurlent déjà aux portes de nos villes. Il s’ensuit en général un bruit de bottes sur les trottoirs.

Mon cœur donc gronde de colère et qu’on le laisse faire ! Il y a des moments où la raison raisonnante devient impuissante et laisse place à l’indignation. Toutefois, des chiens, préservons-nous de leur rage et de leur cynisme. J’emprunte cette expression « le cynisme des chiens » à Chateaubriand qui, dans ses Mémoires d’Outre-tombe, l’utilise pour qualifier les révolutionnaires qui, sous la Terreur, bons père de famille, emmenaient leurs enfants se promener le dimanche en prenant soin de leur montrer en passant le dada des charrettes qui conduisaient des citoyens à la guillotine. Le cynisme est dans la contradiction voulue et assumée opposant les grands principes humanitaires qu’on affiche et la pratique quotidienne du massacre de citoyens.

Aujourd’hui, nous avons affaire à une autre forme de cynisme. Dans le spectacle que donne à voir par exemple le Gouvernement actuel de la France. Le président, Nicolas Sarkozy le premier. Loin de moi l’idée de vouloir l’affilier à une quelconque gent canine. Mais son cynisme consiste à affirmer une chose et son contraire, à soutenir un ministre un jour, à le désavouer le lendemain, à parler constamment à la place de ses ministres. Dans son agitation ultra médiatisée, il procède à une véritable désymbolisation constante des institutions de la république. Il y a bien là un travail d’affaiblissement de l’autorité de ces dernières. Pour parodier Hannah Arendt, disons qu’il a y aussi perte d’autorité quand les adultes refusent d’assumer le monde dans lequel ils ont mis les enfants, les vouant ainsi à une culture de la violence. Le refus de l’éducation est l’étalage de la répression et le culte de la sécurité. On croit que la sécurité n’est qu’une affaire de police alors qu’elle réside avant tout dans le contrat liant les citoyens, contrat implicite et symbolique comme sortie de l’état de nature. C’est ce refus de l’éducation qui pousse à vouloir incarcérer des enfants de 12 ans. Reste maintenant à obliger des psychiatres à inventer une substance antiviolence qu’on inoculerait aux femmes enceintes, sans leur consentement bien entendu.

Tout cela est grave, très grave. La démocratie ne fait pas toute la légitimité d’une république. Un pouvoir tyrannique peut se mettre en place démocratiquement. L’histoire comme on sait ne se répète pas et les formes de totalitarisme à venir sont forcément inédites. Nous sentons bien qu’une nouvelle sorte de régime politique, insidieusement, se met en place. Quand, à l’heure du laitier, un journaliste est brutalement interpelé chez lui, devant ses enfants ; quand des enfants innocents sont arrachés de l’école et renvoyés dans leur pays d’origine ; quand une association caritative est condamnée à de lourdes amendes pour être venue en aide aux sans abris ; quand….Même si nous n’avons pas encore tous les éléments théoriques permettant de penser ce régime inédit, il se présentifie déjà avec des signes certains de la monstruosité. Face à tout cela, le PS, principal parti d’opposition, se déchire lamentablement. L’heure serait-elle venue, pour nous enseignants du moins, d’entrer dans la désobéissance civile ?

Je ne parle peut-être pas d’outre tombe mais je suis d’Outre-mer. Comme beaucoup d’Antillais, j’ai aimé une certaine France malgré l’esclavage et la colonisation, malgré Vichy et la collaboration. Cette France qui à deux reprises, a su abolir l’esclavage, celle qu’on a cru ouverte aux Droits de l’homme et aux valeurs universelles. Celle dont l’école, malgré ses aspects aliénants pour nous, a su donner le sens de la révolte à un Césaire ou à un Fanon. Qu’il faille dépoussiérer cette vielle école républicaine ne signifie pas qu’on doive la jeter avec l’eau du bain. Est aussi à réviser cette identité républicaine hypocrite qui a du mal à s’ouvrir à la diversité. Et quand on constate que monsieur Brice Hortefeux, ministre de cet affreux ministère de « l’intégration, de l’identité nationale et de l’immigration », aux relents franchement vichyssois, se permet de réunir, à Vichy précisément, les ministres européens chargés des questions d’immigration on peut légitimement penser qu’il y a là une continuité conservatrice inquiétante. Ce ministre rend visite le 10 décembre au Haut Conseil à l’intégration. Je n’y serai pas. J’annonce ici publiquement ma démission du HCI. Cette France qui vient ou qui se met en place sournoisement, je ne l’aime pas. Devrions-nous alors, d’Outre-mer, faire dissidence ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr en tout cas c’est que la plus grave erreur serait de se dire, comme à l’accoutumée, que les chiens aboient et que la caravane passe.

Jacky Dahomay. Professeur de philosophie à la Guadeloupe
Démissionnaire du Haut Conseil à l’Intégration

Jonathan Drori et l’échec de l’enseignement traditionnel

6 septembre 2008

Magnifique petite vidéo! Si seulement nos amis les universitaires pouvaient se l’approprier et la partager avec les enseignants en devenir.

Je ne suis plus capable l’insérer dans ma page, mais elle est ici, suivez le lien

J’ai plusieurs fois utilisé l’exemple du système solaire et des saisons pour faire juger de la dissonance entre les différentes représentations que pouvait avoir une personne (tout le monde sait que lorsque c’est l’été au nord, c’est l’hiver au sud et pourtant, ce qui explique la chaleur de l’été c’est le fait que nous serions alors plus près du soleil… le sud est-il sur une autre planète?). Il est tout de même extraordinaire de noter qu’une société post-industrielle en arrive à ces conceptions quasi magiques. Il est encore plus étonnant de noter à quel point notre cerveau peut continuer à faire fonctionner deux représentations contradictoires en parallèle sans s’auto-court-circuiter.

Cette idée de la puissance des représentations initiales et de l’importance de créer un déséquilibre dans celles-ci pour qu’il y ait un réel apprentissage (un apprentissage durable et fonctionnel qui permet de comprendre le monde dans le plus de circonstances possible) est depuis longtemps étudiée et appliquée par des chercheurs et des enseignants que l’on dit novateurs. Le constructivisme, le socio-contructivisme, l’auto-socio-constructivisme sont justement des approches qui admettent que les apprenants arrivent avec un bagage relativement solide de représentations et que la seule façon de faire avancer un véritable apprentissage réside non seulement dans l’importance de reconnaître cette réalité, mais aussi de créer des activités qui permettent aux apprenants de remettre en question leurs représentations, voire de les mettre en crise, en leur donnant les outils pour qu’ils en arrivent ultimement à les réajuster en fonction de nouvelles informations. Voilà pourquoi je parle généralement de l’importance d’alimenter une compréhension plus nuancée, plus complète et plus complexe de la réalité.

Alors que le socio-contructivisme permet justement un apprentissage qui soit réel et fonctionnel, les approches traditionnelles, l’enseignement stratégique ou l’enseignement explicite misent sur un échafaudage précaire de connaissances qui ne font que s’ajouter au bagage de l’apprenant, et ce, sans déconstruire ce qui doit y être déconstruit ou, pis encore, ne permet jamais à l’apprenant de se questionner sur ses représentations, sur sa compréhension du monde parce que, de toute façon, il n’est qu’une seule bonne réponse à l’examen! Il suffit de «l’apprendre». Et pourtant, après 11 ans de scolarité, de jeunes adultes qui ont souvent bien réussi ne comprennent toujours pas comment croît un arbre ou une plante. Si ces jeunes adultes ont bien réussi, les chances sont cependant qu’ils ont depuis longtemps réellement appris ce qui est attendu d’eux par un enseignant ou par un supérieur… Cette compétence aura indéniablement été développée.

Au sujet des représentations, je vous invite bien entendu à explorer les écrits et travaux du GFEN, de M. Moscovici (sommité dans le domaine de la psychologie sociale) ou encore, plus spécifique le livre de MM. De Vecchi et Giordan (Gérard de Vecchi et André Giordan (2002), L’enseignement scientifique : Comment faire pour que « ça marche » ? , Paris:Hachette) et celui de M. Dalongeville (Alain Dalongeville (2001), Image du barbare dans l »enseignement de l’histoire, Paris:Harmattan).