Articles Taggés ‘Histoire’

La Société d’histoire au sujet du recensement

15 juillet 2010

L’Honorable Tony Clement
Ministre de l’industrie
Gouvernement du Canada
Édifice C.D. Howe
235, rue Queen
Ottawa, ON
K1A 0H5

5 juillet 2010

Cher Ministre Clement:

À titre de présidente de la Société historique du Canada, la plus importante
association d’historiens au Canada, je vous écris pour vous exprimer notre
désarroi et notre inquiétude concernant la récente déclaration publique
émise par votre gouvernement de supprimer le formulaire de recensement
détaillé dans le cadre de notre recensement national. Nous sommes d’avis que
votre décision réduira sensiblement notre capacité de comprendre notre
société et elle réduira la capacité de futurs historiens d’écrire l’histoire
du Canada.

Notre inquiétude repose sur trois facteurs. D’abord, la décision sur le
recensement a apparemment été prise sans avoir consulté la communauté des
chercheurs de données démographiques, tant les universitaires que les
généalogistes. Les utilisateurs experts de ces groupes ont affirmé que
l’élimination du formulaire détaillé du recensement nuira à leurs efforts
actuels de comprendre les tendances dans la société canadienne. Nous croyons
que leurs connaissances expertes doivent maintenant être mises à
contribution et nous vous invitons à consulter ces groupes de recherche
avant de mettre cette décision en œuvre.

En second lieu, l’abandon de l’exhaustivité du recensement réduira
considérablement son utilité comme source historique à l’avenir. Le
caractère facultatif de l’Enquête nationale auprès des ménages aura comme
conséquence des calculs inégaux et incertains des questions contenues sous
cette forme, empêchant des historiens du 22e siècle de développer une image
complète du Canada de notre propre époque.

Troisièmement, en éliminant la collection de données complètes, le
gouvernement semble abandonner certains groupes d’électeurs principaux tels
que les femmes qui ont employé les données globales capturées dans le
recensement détaillé pour identifier des anomalies et des inégalités dans la
société canadienne. Cette information est essentielle pour tout
gouvernementt cherchant à développer des politiques publiques saines pour le
Canada à l’avenir.

Nos soucis sont apparemment partagés par de hauts fonctionnaires œuvrant à
Statistique Canada, bien qu’ils soient réticents à s’exprimer par crainte de
la censure.

Nous vous invitons à reconsidérer cette décision imprudente et à rétablir le
formulaire détaillé du recensement comme outil essentiel de collecte de
données pour notre pays, pour aujourd’hui et demain. En plus de rétablir le
formulaire détaillé du recensement, nous demandons que vous vous engagiez à
assurer que ces données seront universellement disponibles aux chercheurs
d’ici 92 ans, en accord avec la pratique en vigueur.

Faute du rétablissement immédiat du formulaire détaillé du recensement, nous
aimerions solliciter une rencontre avec vous pour discuter de nos
préoccupations en détail. Nous serons alors en mesure, j’en suis assurée, de
répondre à toutes les questions que vous pourriez avoir concernant nos
arguments précis. J’attends avec intérêt d’avoir de vos nouvelles
concernant nos soucis dans un bref délai.

Sincèrement,

Mary Lynn Stewart FRSC
Présidente, Société historique de Canada

Si vous vous opposez également à cette mesure, vous pouvez signer une pétition à ce sujet en ligne à http://www.gopetition.com/petitions/keep-the-canadian-census-long-form.html

Zinn au sujet du rôle de l’histoire

5 juillet 2010

«Si l’histoire veut être créative, pour prévoir un futur possible sans nier le passé, elle doit, je crois, souligner de nouvelles possibilités en divulguant ces épisodes cachées du passé quand, même pour de brefs moments, le peuple a démontré sa capacité de résister, de s’unir, à l’occasion pour gagner. »

Howard Zinn, 1922-2010

Michel Chartrand, un chrétien humaniste (1968)

18 avril 2010

Comment les Premières nations ne sont pas autochtones… et ce que ça signifie

18 avril 2010

« À Ottawa, dernière le premier ministre Stephen Harper se profile le pire ennemi des Amérindiens : M. Tom Flanagan1. Ce penseur ultraconservateur ,leur conteste l’appellation « native », arguant qu’il s’agit… d’immigrés quant précédé les Européens de quelque milliers d’années. En concluant que leurs revendications territoriales sont sans fondement, il plaide pour la disparition des droits des aborigènes. Alors que le Canada n’a pas signé la Déclaration des Nation unies sur les droits des peuples autochtones, l’application de ses thèses saperait les poursuites judiciaires des premières nations, qu’il va jusqu’à accuser : elles menacent l’industrie pétrolière et « risquent » de verser dans l’action violente aux côtés d’écoterroristes2. »



– Emmanuel Raoul, «Sous les sables bitumineux de l’Alberta», Le Monde Diplomatique, avril 2009.

Décidément! Ce qui explique la réticence à signer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones est une évidence peu commune! Pourquoi devrions-nous avoir quelque respect que ce soit pour des fascistes de cette espèce!

  1. Conseiller politique de M. Harper jusqu’à sa victoire en 2006, il est considéré comme son maître à penser. []
  2. Tom Flannagan, « Resource industries and security. Issues in Northern Alberta », Canadian Defence and Foreign Affairs Institurte, Calgary, juin 2009. []

«Bhopal» sélectionnée pour le Festival des films sur les droits de la personne de Montréal

19 mars 2010

Quelle belle nouvelle que nous apprend Mme Sylvie Joly! En effet, la vidéo qu’elle a réalisée avec M. Louis Roy et qui porte sur la tragédie de Bhopal (même s’il s’agit beaucoup plus d’un crime que d’une tragédie!) a été sélectionnée pour le Festival des films sur les droits de la personne de Montréal.

Elle nous lance donc l’invitation :

Invitation

Notre vidéo sur Bhopal a été sélectionnée pour le Festival des films sur les droits de la personne de Montréal.

Elle sera présentée le vendredi 19 mars, 21 heures, au cinéma du Parc-3575 Avenue du Parc (métro Place des Arts, et autobus 80, ou vous pouvez marcher à partir du métro). Nous serons présents, ainsi qu’Amnistie internationale qui démarre une campagne sur Bhopal et la responsabilité sociale des entreprises.

Elle sera présentée une seconde fois le 21 mars à 17 heures au cinéma Parallèle, 3536 St-Laurent.

Et dimanche le 21 mars à 14 heures au Musée de la civilisation de Québec (c’est gratuit au musée)

Louis, Odélie et moi serions honorés de votre présence. Dit moins pompeusement, ça nous ferait bien plaisir si vous pouviez être là !

Les billets peuvent être achetés à l’avance, sinon à la porte.

Sylvie Joly
http://ffdpm.com/2010/index.php?lang=fr

Il y a 25 ans, Bhopal… une vidéo

9 décembre 2009

Il y a 25 ans, une trentaine de tonnes de gaz toxique s’échappait de l’usine d’Union Carbide à Bhopal. On ne sait pas combien de morts pleurer: de 5000 à 8000 morts la nuit même; et au cours des années suivantes, 20 000 autres, victimes des conséquences de l’exposition à des gaz toxiques ou à la consommation de l’eau contaminée. Des centaines de milliers de personnes souffrent de maladies du système respiratoire, immunitaire, de cancers, de problèmes ophtalmiques, gynécologiques. Encore aujourd’hui, des enfants naissent avec des malformations physiques et des déficiences mentales. On craint que le poison ait causé des dommages génétiques irrémédiables, laissant dans son sillage des générations d’enfants handicapés.


— Sylvie Joly et Louis Roy, «Bhopal, l’anniversaire oublié», LeDevoir, 3 déc. 2009.

Mme Joly nous invite à diffuser la vidéo qu’ils ont réalisée à ce sujet. Ce que je fais avec joie.

« Apocalypse » ou l’histoire malmenée

8 novembre 2009
image de PhotosNormandie

image de PhotosNormandie

Dans l’édition du Devoir de ce week-end (2009-11-07), on peut lire une critique particulièrement dithyrambique de la télé-série Apocalypse qui prendra l’antenne dans les prochaines semaines au Québec.

Étonnamment, les journalistes du Devoir semblent avoir réussi à passer à côté d’une réelle critique historique de cette oeuvre qui se veut documentaire. Je dis étonnamment parce que, depuis quelques mois, LeDevoir s’amuse à prendre position dans un débat entre l’histoire comme science et l’histoire comme récit ou narration (voir à ce sujet les textes récents traitant des écrits de Courtois ou de Comeau).

Or, cette série télévisée, qui semble vouloir dresser un portrait exhaustif des années de conflits entre 1939 et 1945, est loin de faire unanimité sur la forme et sur le fond. L’historien Lionel Richard décrie en ce sens cette série qui «donne à voir, mais pas à réfléchir. »

Sa principale critique, outre les erreurs et les omissions de ce « documentaire » — comme ce passage où les auteurs affirment que la Conférence de Yalta aurait marqué le début de la Guerre froide, alors que les Alliés y mettent en place les derniers préparatifs pour l’assaut ultime contre Hitler ; ou cet autre qui affirme que l’auteur Thomas Mann aurait été complètement indifférent à la montée du fascisme en Allemagne ; ou encore cet autre qui dénonce le viole « systématique » des femmes allemandes par les troupes soviétiques —, c’est précisément qu’il donne dans le spectacle et non dans l’histoire.

À ce titre, Richard rappelle qu’il n’existe pratiquement aucune image de la Deuxième Guerre mondiale qui ne soit issue de la propagande. En effet, comment un cinéaste aurait pu prendre les images saisissantes que présente Apocalypse si ne n’est parce qu’il fut autorisé à le faire dans un dessein de convaincre les masses du bien-fondé des actions de part et d’autre. La critique des sources, n’est-ce pas là le b.a.-ba de la méthode historique?

Richard affirme enfin :

« À quoi bon une nouvelle composition documentaire si elle vise, avant tout, à séduire visuellement? Sous peine de racolage médiatique, l’essentiel est d’obtenir que les images en question, sorties de leur fonction initiale de propagande, complètent impartialement, pédagogiquement, les connaissances déjà solidement acquises. Apocalypse en est loin. Les recherches universitaires sont à la fois plus sûres et plus avancées que les données apportées par l’ensemble de ses épisodes. Du reste, aucun historien, en qualité de conseiller ou consultant, ne figure à son générique. […] Oui, trop d’entorses aux faits dans cette série, d’insinuations non justifiées, d’omissions, pour qu’on puisse admirer sans réserve la somme d’informations qu’elle véhicule. »

En niant les rudiments de l’histoire comme science, ce sont les nuances qui prennent le bord ! Or, l’histoire est une science tout en nuance et, à trop simplifier, on risque de dangereuses dérives !

Apocalypse semble donc avoir toutes les caractéristiques d’un spectacle monté pour la télévision, dans le seul objectif d’en mettre plein la vue aux téléspectateurs et donc d’assurer des revenus aux chaines qui la diffuse. Toute réelle réflexion historique ou même critique semble évacuée. Il est bien dommage que les journalistes du Devoir n’aient pas pris la peine de mettre en garde contre les dérives aussi évidentes de cette série.

À lire donc : Lionel Richard, « Apocalypse » ou l’histoire malmenée, Le monde diplomatique, novembre 2009, page 3.

Petite vidéo de Trotsky

28 octobre 2009

Non mais! Comment enseigner l’histoire sans Youtube?!?

This is Jeopardy!

2 octobre 2009

In response to John Macfarlane’s Editor’s note in the September 2009 issue of the Walrus Magazine.



We have to admit, we were thrilled to receive our September issue of the Walrus. “Two 18th century soldiers on the cover, this is going to be good!” we thought. We were glad to see that one of our favourite magazines was going to devote an issue to the 1759 Battle of the Plains of Abraham. But then we read the Editor’s note. What ?!? Are we still there? After more than a century of analysis of what history as a science should be?

After the works of Marc Bloch, Foucault, E.P. Thompson, Carr, Collingwood and the like, it seems surreal to see that some still think that the principal reason some people devote their lives to the study of the past is so that everybody will know the narrative of our great nation by heart! “The year of the Canadian Confederation.” “What is 1867, Alex ?” This is not history, its Jeopardy! Would the Editor be shocked to learn that historians and History don’t exist so we can display our vast knowledge or so we can answer Trivial Pursuit questions? History exists so we can understand the world we live in. Macfarlane explains that the Battle of the Plains of Abraham is a “iconic moment in the country’s historical narrative: literally the beginning of the story of Canada.” Brilliant! Had Canada no history before then? Did Canada not exist before 1759? Funny thing, we thought Canada was one of New France’s colonies… and we actually thought that regardless of the issue of the battle, the war was actually won (or lost, it depends) in Europe…

What that short sentence of Macfarlane’s also puts forth is the existence (or lack thereof) of a single or absolute Canadian “historical narrative”. That narrative — who could possibly say the contrary — is made of facts (regardless of our opinions) of our national history. 1759, 1812, 1867, 1982, etc. Well, that’s fine, but where are the women, where are the First Nations, where are the immigrants in this narrative? Easy, the First Nations exist before 1534 (or 1492, it depends on your perspective) and women, well they’re there and then they get the right to vote and, voilà! The idea of a single, common historical narrative is not only narrow-minded and false, it is also dangerous!

What if we put forth an innovative idea ? What if we say that to know the date of Confederation doesn’t help you a bit when comes time to really understand our country and what it is in the 21st century? We’d go even further… what if we say that we don’t care that our students can’t tell the difference between MacDonald and Olivier (as Macfarlane puts it)? What we care about though is that our students understand, really understand that Canada is a nation rich with diversity, a diversity which has often caused problems in our living together but that helped us create a nation like no other..

What needs to be known and taught is not the date of Confederation, but the conditions under which it was achieved. Can we really understand Canada without exploring the importance of the railroad barons in forging this grand and lucrative dream? Shouldn’t we also explore what Confederation really meant for workers, immigrants, First Nations? The 1867 Confederation is an important moment of our history and it needs to be studied — and taught — in context, through the eyes of its actors (all of its actors, those who had power to make it happen, those who resisted, those who had to adapt to its immediate consequences) and the rigorous, methodological analysis of sources, including the interests of their authors. That is the nature of history, historical work, and the core purpose of learning history : to understand human agency in constructing the meaning of our lives, our collective experiences, the historicity of all things human.

As for Macfarlane’s own lament about the National Commission of Battlefields “capitulating” before some sovereignists’ complaint: nobody’s arguing that the outcome of the Battle of the Plains of Abraham is anything else but the complete victory of the British forces. That is not the question! That being said, what Macfarlane chooses to forget, as Granatstein does, is that our brilliant historical narrative tends to put a lid on the suffering of hundreds of thousands of men, women and children that are not of the elite. What the Battle of the Plains meant for thousands was the destruction of their land and homes; just as Confederation meant, for the Métis nation, the beginning of systematic persecution involving our great Mounted Police; or as the colonisation of the St-Lawrence River by the French meant, for the First Nations, a violent restructuring of their way of life, a loss of their land and even death.

If history really is nothing but a sum of facts in a subjective narrative, one could ask why did we not commemorate the Acadian Deportation by such a re-enactment as was planned for the events of 1759? What about a re-enactment of the opening of the first Residential schools? Or a re-enactment of the Battle of Batoche? These are all facts! They are not disputed! Of course that could send a strange message to part of the Canadian population, as a re-enactment of the 1759 Battle would have done… unless, of course, Quebecers aren’t really part of the “historical narrative”. The problem is that the idea of commemorating is intrinsically linked to a positivistic conception of history that belongs more in the field of propaganda than in that of history. A commemoration is always ideologically situated, it serves the purpose of those promoting it. It this case, the people promoting re-enactment would like Canadians to believe that we all see the defeat of the French (and the first Canadiens) at the Plains of Abraham as a positive, nation-building moment. Denying that such an enterprise is ideological in nature does not make it any less so. It only underscores the importance of teaching history not as a chronological alignment of facts, but as human, contextualized, subjective interpretation, only rendered scientific through the use of critical historical method. Had all actors in this story been taught how to think historically and critically, has they had historical consciousness, such commemoration would never have been considered. In sum, if you really need an example of our lack of real historical teaching and learning, it is not to be found in the answers of pollees to absurd questions but in the fact that somebody, somewhere thought that such a re-enactment could actually be a good idea… or even a moral idea!

To be clear, we’re not saying people can’t have heroes or celebrate events, we’re saying that we should probably re-evaluate what we understand to be a “great Canadian moment”. Granatstein’s critique on what social historians have done to the collective psyche of our nation is simply ridiculous! The narrative that he seems to want to glorify and celebrate excludes large numbers of our compatriots! Wouldn’t we be better off celebrating our diversity and the events that really had an importance on our capacity to live together as a nation? But, of course, that means that History as a scientific discipline and as a school subject can’t be a simple game of Jeopardy!




Charles-Antoine Bachand
Education advisor
Cégep de l’Outaouais
cabachand@cegepoutaouais.qc.ca



Stéphanie Demers
Ph.D. candidate
Université du Québec en Outaouais
stephanie.demers@uqo.ca


Les concepts historiques!

22 août 2009

Ai lu ce matin dans le journal : « Il fait partie de la petite bourgeoisie prolétaire. »

Pour l’amour de Dieu!!! Après, on nous rabat les oreilles sur l’imbécillité des jeunes qui ne connaissent pas la date de la Confédération canadienne! Que dire ce de celui qui peut confondre bourgeoisie et prolétariat!?! Quelle erreur est la plus dramatique? Celui de ne pas connaître une date ou celui de ne pas être en mesure de maîtriser des concepts de base?

Merdre!