Articles Taggés ‘Pédagogie critique’

La pédagogie critique

19 septembre 2011

«La pédagogie critique est une notion complexe et multidimensionnelle qui éclaire la dimension politique de l’éducation et vise des transformations sociales et humaines. En premier lieu, les tenants de la pédagogie critique considèrent que l’école n’est pas neutre sur les plans culturel et politique, dans la mesure où elle reproduit la culture dominante à travers ses différentes dimensions et pratiques pédagogiques[9]. Dans cet espace scolaire politiquement contesté, l’enjeu du pouvoir et de la construction des connaissances occupe une place centrale, de même que l’explicitation des facteurs sociaux complexes (racisme, culture, genre, classe sociale, religion, etc.) qui contribuent à façonner les pratiques pédagogiques (Kincheloe, 2004).»

Marianne Jacquet (2007).

Foucault au sujet de la déviance…

23 septembre 2008

Pour faire suite à mon billet précédent[1], je me permets de rappeler que Michel Foucault a aussi un travail exceptionnel sur l’importance justement des mesures mises place depuis le Moyen Âge pour « réguler » la déviance et voir au maintien de l’ordre public.

Dans Surveiller et punir, il écrivait par exemple :

L’adversaire du souverain, puis l’ennemi social s’est transformé en un déviant, qui porte avec lui le danger multiple du désordre, du crime, de la folie. Le réseau carcéral couple, selon les relation multiples, les deux séries, longues et multiples, du punitif et de l’anormal. (p. 351)

Il convient par exemple de se rappeler que Pancho Villa, héro de la Révolution mexicaine, était essentiellement, avant le Révolution, un bandit de grand chemin, un bandit qui serait enfermé dans n’importe quelle société du monde.

Ajoutons à cette notion de déviance l’importance de la Normal et de la discipline :

La discipline fabrique des corps « dociles ». La discipline majore les forces du corps (en termes économiques d’utilité) et diminue ces mêmes forces du corps (en termes politiques d’obéissance). D’un mot: elle dissocie le pouvoir du corps; elle en fait d’une part une « aptitude », une « capacité » qu’elle cherche à augmenter; et elle inverse d’autre part l’énergie, la puissance qyu pourrait en résulter, et elle en fait un rapport de sujétion stricte. (p. 162)

Toujours pour rester dans la sphère foucaldienne, un petit exercice:

  • Identifions des situations quotidiennes où l’on compare un individu, ses comportements ou ses productions à une norme étalon.

To be a hero, you have to learn to be a deviant!

23 septembre 2008

J’adore la psychologie sociale! Elle nous offre tant d’outils pour comprendre notre monde et comprendre le rôle que nous y jouons… souvent malgré nous. Elle nous rappelle que nous sommes des êtres résolument sociaux, des êtres qui sont issus de nos communautés, influencés pour notre monde et qu’il est primordial de tenir compte de cette réalité lorsque vient le temps d’étudier les comportements humains.

Comme j’en ai parlé ailleurs[1] [2] [3], la psychologie sociale nous offre des outils d’une puissance hors du commun pour bien cerner les dangers de réduire, comme nous le faisons trop souvent, nos actions à notre seule responsabilité individuelle. Au cours des dernières décennies, le mouvement de psychologisation aura fait de la psychologie traditionnelle une sorte de PacMan gobant tout sur son passage, réduisant nos sociétés à de simples amalgames d’actions individuelles sans égard à l’influence du contexte sur nos actions. On a fait — et faisons toujours — grand cas de l’ordre, de la norme et de l’importance de ces concepts pour assurer la paix sociale de nos sociétés modernes. Ce n’est pas sans raison que ces concepts sont fort appréciés par la droite conservatrice. En effet, ces mêmes concepts ont aussi comme revers les dangers de l’obéissance, de la soumission ou plus simplement du conformisme.

La psychologie sociale sert de remède à ces maux et aux dangers qui leur sont inhérents. Elle nous apprend que le contexte a, malgré nous, une incidence majeure sur les décisions que nous prenons. Elle nous apprend aussi les dangers qu’un enseignant, un travailleur social ou un policier fait courir à la société lorsqu’ils usent de son pouvoir pour faire régner l’ordre ou plus simplement la norme. Ces apprentissages sociaux que nous valorisons risquent, et la démonstration scientifique a été plus que faite, de nourrir l’indifférence, l’apathie, voire même l’obéissance servile chez des individus autrement doter de raison et de convictions. L’histoire nous montre les conséquences désastreuses de la servilité.

Encore une fois, une conférence de la TED illustre mon propos. Malgré que le conférencier est par trop ancré dans des concepts judéo-chrétiens un peu démodés, il montre magnifiquement les dangers de la soumission librement consentie et l’importance d’enseigner ses dangers. Le chercheur termine en effet son allocution à lançant un : « To be a hero, you have to learn to be a deviant, because you’re always going against the conformity of the group. » qui devrait résonner chez tous ceux et celles qui ont à cœur un système d’éducation qui saura faire des citoyens éclairés et actifs.

Attention : la section traitant d’Abu-Graïb demeure difficile à regarder malgré les coupures de la TED


Vous connaissez la chanson de Bécaud, L’Indifférence ?

Jonathan Drori et l’échec de l’enseignement traditionnel

6 septembre 2008

Magnifique petite vidéo! Si seulement nos amis les universitaires pouvaient se l’approprier et la partager avec les enseignants en devenir.

Je ne suis plus capable l’insérer dans ma page, mais elle est ici, suivez le lien

J’ai plusieurs fois utilisé l’exemple du système solaire et des saisons pour faire juger de la dissonance entre les différentes représentations que pouvait avoir une personne (tout le monde sait que lorsque c’est l’été au nord, c’est l’hiver au sud et pourtant, ce qui explique la chaleur de l’été c’est le fait que nous serions alors plus près du soleil… le sud est-il sur une autre planète?). Il est tout de même extraordinaire de noter qu’une société post-industrielle en arrive à ces conceptions quasi magiques. Il est encore plus étonnant de noter à quel point notre cerveau peut continuer à faire fonctionner deux représentations contradictoires en parallèle sans s’auto-court-circuiter.

Cette idée de la puissance des représentations initiales et de l’importance de créer un déséquilibre dans celles-ci pour qu’il y ait un réel apprentissage (un apprentissage durable et fonctionnel qui permet de comprendre le monde dans le plus de circonstances possible) est depuis longtemps étudiée et appliquée par des chercheurs et des enseignants que l’on dit novateurs. Le constructivisme, le socio-contructivisme, l’auto-socio-constructivisme sont justement des approches qui admettent que les apprenants arrivent avec un bagage relativement solide de représentations et que la seule façon de faire avancer un véritable apprentissage réside non seulement dans l’importance de reconnaître cette réalité, mais aussi de créer des activités qui permettent aux apprenants de remettre en question leurs représentations, voire de les mettre en crise, en leur donnant les outils pour qu’ils en arrivent ultimement à les réajuster en fonction de nouvelles informations. Voilà pourquoi je parle généralement de l’importance d’alimenter une compréhension plus nuancée, plus complète et plus complexe de la réalité.

Alors que le socio-contructivisme permet justement un apprentissage qui soit réel et fonctionnel, les approches traditionnelles, l’enseignement stratégique ou l’enseignement explicite misent sur un échafaudage précaire de connaissances qui ne font que s’ajouter au bagage de l’apprenant, et ce, sans déconstruire ce qui doit y être déconstruit ou, pis encore, ne permet jamais à l’apprenant de se questionner sur ses représentations, sur sa compréhension du monde parce que, de toute façon, il n’est qu’une seule bonne réponse à l’examen! Il suffit de «l’apprendre». Et pourtant, après 11 ans de scolarité, de jeunes adultes qui ont souvent bien réussi ne comprennent toujours pas comment croît un arbre ou une plante. Si ces jeunes adultes ont bien réussi, les chances sont cependant qu’ils ont depuis longtemps réellement appris ce qui est attendu d’eux par un enseignant ou par un supérieur… Cette compétence aura indéniablement été développée.

Au sujet des représentations, je vous invite bien entendu à explorer les écrits et travaux du GFEN, de M. Moscovici (sommité dans le domaine de la psychologie sociale) ou encore, plus spécifique le livre de MM. De Vecchi et Giordan (Gérard de Vecchi et André Giordan (2002), L’enseignement scientifique : Comment faire pour que « ça marche » ? , Paris:Hachette) et celui de M. Dalongeville (Alain Dalongeville (2001), Image du barbare dans l »enseignement de l’histoire, Paris:Harmattan).