Articles Taggés ‘Québec’

Technique de propagation d’une idéologie – Berlusconi au Québec

21 novembre 2013

«Le berlusconisme a été savamment inoculé à la société italienne par la voie des médias et le concours d’intellectuels thuriféraires du pouvoir. Toutes proportions gardées et en excluant que l’on puisse reproduire ici un phénomène lié à une histoire et à des traits identitaires qui ne sont pas les nôtres (comme certains s’évertuent, à tort, à le faire dans le cas de l’islamisme), l’expérience italienne peut par contre nous éclairer au moins sur un aspect : la technique de propagation d’une idéologie. Depuis au moins une décennie, nous assistons, au Québec, non sans perplexité, à une campagne menée sur toutes les tribunes en faveur du nationalisme conservateur. En plus de reproposer, après un assez long séjour dans les limbes de l’histoire, la figure du Canadien français, aux couleurs sépia et aux accents groulciens, comme socle identitaire, les défenseurs de cette idéologie passéiste et revancharde poursuivent, avec une ferveur de croisés, la chimère d’un Québec assimilationniste. Il faudrait que ces hérauts d’un temps révolu nous expliquent pourquoi l’assimilation, que les francophones d’Amérique ont combattue avec tant de détermination, serait souhaitable pour les immigrants.»

– Marco Micone (2013). «Italie – Le berlusconisme survivra-t-il au «Cavaliere»?», LeDevoir, 2013-11-20, http://www.ledevoir.com/international/europe/393124/le-berlusconisme-un-danger-pour-la-democratie

Petite vidéo de la manif du 2 juin 2012 (Montréal)

3 juin 2012

Le risque du compromis dans le cadre de la crise sociale actuelle au Québec

26 mai 2012

Au cours des dernières semaines, la crise sociale que vit le Québec a pris une ampleur sans précédent. Alors que les revendications des étudiants semblaient a priori relativement circonscrites, leur capacité de mobilisation, la force de leur analyse (de même que les erreurs manifestes du gouvernement Charest) auront créé un souffle de changement inédit au Québec.

 

Une progression dans les revendications

Au cours des dernières semaines en effet, les revendications des étudiants sont devenues de plus en plus vastes. Les étudiants ont commencé par remettre en question la gestion des universités, pour ensuite s’attaquer aux décisions économiques du gouvernement au cours de ses 9 années de règne (y compris le Plan-Nord, l’exploitation des gaz de schistes, la vente des ressources naturelles de l’Île d’Anticosti, les compressions dans la fonction publique et les révisions à la fiscalité). Ces revendications dressaient un vaste portrait où il paraissait de plus en plus évident que le gouvernement avait tout simplement fait des choix politiques, en fonction de ses convictions, sans égard à la volonté populaire et sans égard aux impacts réels sur la population concernée et que, par conséquent, il pourrait tout aussi bien choisir d’investir en éducation pour un gel des frais de scolarité.

Au-delà de ces revendications à saveur économique, les étudiants — et tranquillement la population en dans son ensemble — se sont mises à toucher la gestion de l’État et le fonctionnement même de la démocratie parlementaire québécoise. Le refus de discuter du gouvernement Charest a mis en évidence tout le mépris dont pouvait faire preuve un gouvernement sans qu’il en ait à réellement en payer le prix. Le législateur avait le gros bout du bâton et pouvait faire la sourde oreille sans que sa légitimité ne soit réellement remis en cause.

De même, l’utilisation de plus en plus violente de la force policière illustrait une conception des rapports de force que les étudiants peinaient à admettre et que de plus en plus de citoyens jugeaient inacceptable. Ils se trouvaient face à un interlocuteur qui avaient des armes puissantes et qui n’avaient, in fine, aucun avantage à les entendre réellement. Enfin, le dépôt de la Loi 78 est venu sceller la position populaire. Comment admettre en effet qu’un gouvernement se revendiquant de la démocratie n’apporte plus aucun argument et tente de réduire au silence non seulement les étudiants, mais tout autre citoyen qui auraient des revendications.

Ainsi, au cours des dernières semaines, le Québec est passé d’un conflit entre les étudiants et l’État — comme il en a été témoin quelques fois dans son histoire — à un affrontement entre deux conceptions opposées de la démocratie. Le soulèvement populaire et citoyen actuel renvoie en effet dos à dos une conception de la démocratie qui se réduit à l’élection d’un pouvoir exécutif et législatif (s’incarnant dans les mêmes personnes dans notre système de gouvernement) et une conception qui soutient plutôt que quiconque a des revendications sérieuses, une idée nouvelles, une doléance devrait avoir droit de cité et devrait pouvoir influer sur les positions et les décisions gouvernementales.

Essentiellement, les étudiants avaient compris que la démocratie exigeait que le peuple demeure souverain et donc qu’il ait véritablement voix au chapitre ce qui, visiblement n’était pas le cas dans le Québec de M. Charest. La dissonance était donc totale entre leur compréhension de la démocratie et les outils de répressions et de mépris que l’État utilisait contre eux. Comment comprendre en effet que dans ce système où tous sont égaux devant la loi, tous ne sont pas égaux devant l’État (les chefs d’entreprises n’ont-ils pas l’oreille du gouvernement sans devoir utiliser la mobilisation de masse)?

 

Des alliés de partout

Cette progression des revendications jumelée à la capacité remarquable de mobilisation des étudiants ont créé une adhésion populaire sans précédent qui permet de regrouper, non seulement les grandes centrales syndicales, mais aussi une grande partie de la société civile, certains partis politiques de même que, de plus en plus, une diversité de groupes de partout au Canada et même dans le reste du monde. Rarement, une mobilisation québécoise n’aura eu autant d’écho dans le reste du Canada et à plus forte raison dans le reste du monde.

Cette mobilisation très large apporte une vigueur renouvelée au mouvement de contestation qui, rappelons-le, est passé d’une revendication touchant la hausse des frais de scolarité programmée par le gouvernement Charest à une série de revendications beaucoup plus vastes et qui, à terme, pourraient remettre en cause le fonctionnement même de notre système politique. D’aucuns pourraient même soutenir que la dernière fois qu’une remise en question aussi profonde du système de gouvernement en place ait pris forme au Québec ou au Canada date de la Révolte des Patriotes ou de la Grève de Winnipeg.

 

Une force sans précédent

Ainsi, grâce à cette vaste mobilisation et à l’importance et la diversité des revendications qui ont émergé de la crise actuelle, un potentiel de changement sans précédent existe. Le Québec se retrouve, après plus de 15 semaines de mobilisation, dans une position prérévolutionnaire (la réaction de Louis XVI à prise de la Bastille serait tout à fait à propos pour M. Charest et ses conseillers). Le rapport de force est indéniablement en faveur non seulement des étudiants, mais de la société civile dans son ensemble.

Essentiellement ce que demandent toutes les parties ayant investi la mobilisation actuelle, c’est d’avoir voix au chapitre, c’est le droit de cité. Ce qui est exigé, c’est la possibilité de participer au processus décisionnel gouvernemental. De plus en plus de citoyens estiment que le simple fait de voter une fois aux quatre ans n’est tout simplement pas suffisant et ne reconnaît pas la souveraineté du peuple (ce qui explique sans doute en partie les faibles taux de participations aux élections de même que la propension, au cours des dernières années, à choisir soit des gouvernements minoritaires, soit des partis d’opposition très forts). Ceux-ci exigent d’être entendus, exigent que leur pouvoir soit respecté et qu’il puisse s’incarner de façon systémique dans les processus décisionnels. Une « sortie de crise » pourrait ainsi passer par des changements radicaux dans le système de gouvernement que nous nous sommes donnés. Elle pourrait par exemple passer par une révision en profondeur de ces processus afin de permettre aux citoyens d’agir et de choisir non pas une seule fois par 4 ans, mais en continu. Il n’est pas question ici de donner plus de pouvoir aux citoyens, il est simplement question de reconnaître de façon systémique le pouvoir qu’il détient en réalité!

Malheureusement, une «sortie de crise» pourrait aussi passer par une certaine forme de compromis relativement mou (hausse moindre des frais de scolarité, par exemple) avec un gouvernement que plusieurs trouvent illégitime.

 

Le risque du compromis

Comme il est fut mention plus haut, il est possible de croire que la mobilisation à laquelle nous assistons est issue à la fois de la progression dans les revendications des étudiants, à l’adhésion que ces revendications a reçue de plusieurs acteurs, groupes et citoyens de même qu’à l’appui qu’elle reçoit de plusieurs groupes d’ici et d’ailleurs. Cette mobilisation apporte une force nouvelle au mouvement étudiant et ouvre des possibles qui n’étaient même pas envisageables au départ. Elle apporte cependant aussi un certain risque et une certaine responsabilité.

Si les revendications dépassent dorénavant la seule question de la hausse des frais de scolarité et qu’elles expliquent en partie la mobilisation actuelle, un éventuel compromis sur cette seule question dans le cadre de négociations entre le mouvement étudiant et l’État risque non seulement de ne plus être satisfaisant pour tous les groupes mobilisés sans nécessairement prendre part aux discussions, mais risque par surcroît de créer une rupture importante entre la société civile et les étudiants. En effet, si certains étudiants pourraient y trouver leur compte, plusieurs autres, actifs parce qu’ils remettent dorénavant en question la façon de gérer les choses de l’État, de même que la société civile qui, si elle croit au gel des frais de scolarité (voire au gel), n’en a pas moins des revendications qui les dépassent largement.

Un éventuel compromis sur la seule question des frais de scolarité risque par ailleurs de créer une démobilisation massive chez des alliés du mouvement étudiant d’ici et de partout dans le monde. Essentiellement, si les négociations à venir n’accouchent que d’une souris, il existe un risque évident non seulement de passer à côté de changements massifs dans notre système de gouvernement, mais que plusieurs groupes mobilisés à l’heure actuelle le vivent comme un nouvel échec dans leurs revendications pour une société plus juste et humaine et qui ne serait plus au service du seul marché.

La mobilisation est sans précédent, il serait plus que dommage de ne pas lui permettre les victoires qu’elle a toute les chances de réaliser.

Cela dit, un compromis ne sera pas nécessairement un recul. Il demeure possible de trouver des solutions «négociées». De même, il existe encore plusieurs avenues qui permettraient de respecter l’effort de mobilisation actuelle et de permettre des gains importants pour toutes les parties y ayant investis et s’y étant impliquées. Je ferai quelques propositions en ce sens dans un prochain billet.

 

 

Colère et casseroles / commentaire de Mme Monique Gauthier

24 mai 2012
Je crois nécessaire de diffuser ce commentaire de Mme Monique Gauthier. Il semble particulièrement éloquent. Nous sommes dans une situation sans précédent au Québec (si on exclut Murdochville de 1957… ).
Monique Gautier - Inscrite
24 mai 2012 01 h 52
Colère et casseroles
Je suis tellement en colère et révoltée face à ce que je viens de voir sur RDI et cutvmontreal.ca/live et lire sur twitter!
Des policiers s’attaquent aux journalistes, aux jeunes femmes pacifiques, aux manifestants voulant marcher librement. Ils essaient d’empêcher les journalistes de faire leur travail et de filmer leurs mauvaises conduites. Les manifestants ne faisaient rien de mal… ils sont courageux.Honte aux policiers de Québec, de Sherbrooke et de Montréal, mais surtout honte à ceux qui ont voté une telle loi!

Concert de casseroles… pour se faire entendre…il y avait au moins un solo de casserole à Candiac.

– Commentaire laissé à 1h52 sur le site LeDevoir.

Texte de l’injonction déposée contre le Cégep de l’Outaouais et l’AGÉÉCO le 2012-05-01

5 mai 2012

2012-05-01-injonction

Protocole d’entente intervenu entre les associations étudiantes et le gouvernement

5 mai 2012

protocole d’entente 2012-05-50-grève étudiante

texte tel que publié par M. Antoine Robitaille sur twitter le 2012-05-05.

Michel Chartrand, un chrétien humaniste (1968)

18 avril 2010

Bock-Côté contre le pluralisme… contre la diversité?

24 décembre 2009

Qu’on ne s’y trompe pas, ce contre quoi Mathieu Bock-Côté en a, en réalité, c’est le pluralisme, c’est-à-dire la gestion de la diversité dans le respect des droits et des prérogatives de chacun. Cette philosophie fait partie des grandes leçons tirées des horreurs de la dernière guerre mondiale, des mouvements de décolonisation du XXe siècle et des luttes d’émancipation des groupes opprimés (autochtones, femmes, minorités religieuses ou raciales, et autres).

Elle est partagée aujourd’hui par toutes les nations véritablement démocratiques. Là où celles-ci diffèrent, c’est dans la façon d’appliquer cette philosophie, dans la manière de la traduire en orientations, en politiques, en programmes.


— Gérard Bouchard, Réplique à Mathieu Bock-Côté – Prudence et rigueur dans le débat public, LeDevoir, 20 mai 2009.

Au sujet de l’émission de Mme Charette de jeudi dernier portant sur le renouveau pédagogique

20 septembre 2009

Je viens de me payer le débat sur le renouveau pédagogique de jeudi dernier à C. Charette en faisant le ménage de la voiture.

C’était beaucoup mieux que je l’ai craint. Un peu comme si, lorsque venait le temps de défendre leur position, ceux qui s’opposent au renouveau s’essoufflent. J’ai bien aimé que Boutin nous explique la vaste histoire du socioconstructivisme tout comme j’ai aimé les nuances apportées par Lafortune au sujet de ce qu’elle n’appelle pas une approche. J’ai aussi beaucoup aimé l’exemple de Desjardins quant à sa progression dans le changement au cours des trois dernières années. Voilà un exemple fort pertinent et qui montre à quel point toute cette histoire est bien loin d’être une forme de magie noire.

Je trouve cependant dommage qu’on n’ait pas eu la chance de démolir l’exemple du père qui disait que son bacc. en rédaction française ne lui servait à rien lorsque venait le temps d’aider sa fille avec ses devoirs. Comme si la linguistique et la grammaire, comme n’importe quel champ d’études, n’étaient pas dynamiques et, partant, en évolution constante. Sans compter que les changements à l’enseignement du français langue première ont été réalisés avant l’implantation du renouveau pédagogique (en 1995, ce me semble!). Dommage aussi que personne n’ait eu la chance de profiter de la porte ouverte par la dame, mère de jumeaux, qui expliquait essentiellement — et le prof de français a tenu un argument similaire — que le renouveau était un échec parce que chaque enseignant l’appliquait à sa façon! Hilarant! Si le renouveau avait laminé toutes les autres pratiques, serait-il meilleur?

J’ai, en ce sens, assez mal compris ce que reprochait l’enseignant de français au renouveau pédagogique… La nouvelle grammaire? La nouvelle orthographe? Les compétences? Il semblait appliquer certains changements sans s’en rendre compte… À moins qu’il en voulait simplement au fait que l’on remettait en question ses pratiques enseignantes. Ce qui était clair cependant, ce fut son malaise quant à ce qu’il décrit comme était le dogme du socioconstructivisme dans la formation des maîtres. Étrange commentaire qui non seulement se base sur une assez mauvaise compréhension de ce qui se passe en formation des maîtres et semble aussi oublier que pour plusieurs futurs enseignants, la seule approche qu’ils ont vécue en était une qui était magistro-centrée. Cela dit, il était loin d’être clair que ce même enseignant pratiquait ce qu’il prêchait, à savoir une certaine diversité dans ses approches.

Outre ça, je n’ai pas vu beaucoup de force dans les arguments des tenants du « contre », mais je crains que ce ne soit suffisant pour convaincre la population que nous sommes sur une voie intéressante avec le renouveau. Je crois qu’il nous faudra un jour attaquer de front ce qui est véritablement mal compris et perçu par la population, soit les compétences transversales ou toute la question des bulletins. Étrangement, nous évitons ces sujets alors que nous avons tous les outils pour présenter les tenants et aboutissants réels des débats initiés autour de ces sujets. Il est en effet relativement simple d’expliquer, en discréditant ceux qui soutiennent la chose incompréhensible et risible, la notion des compétences transversales. Il en va de même, ce me semble, pour le débat sur les bulletins et, partant, sur l’évaluation.

Un bel exercice donc, mais je ne suis pas convaincu qu’il permettra de faire remonter le renouveau pédagogique dans les sondages…

image : Ernesto Morales

Encore les connaissances et la culture générale…

18 septembre 2009

Ce matin à Christiane Charrette, nous avons encore dû subir notre dose hebdomadaire d’inepties au sujet de la « réforme » — qui, soit dit en passant, n’est plus une réforme, mais bien le programme officiel du MELS. Tant de commentaires si peu éclairés sur le renouveau pédagogique, c’est à pleurer.

J’aimerais d’abord rappeler à Mme Petrowski qu’elle peut décrier le manque de culture générale des collègues de classe de son fils autant qu’elle le voudra, ça ne changera pas le fait que les élèves qui ont vécu le renouveau pédagogique ne sont pas encore au collégial! Si ces jeunes sont si ignares, ce n’est pas « la faute de la réforme » cette fois.

Par ailleurs, j’aimerais bien savoir quelles études permettent à Mme Legault, du haut de sa tribune, de déclarer l’échec du socioconstructivisme. Bien entendu, si l’on se borne à voir l’école comme un entraînement pour répondre aux questions de Génie en Herbe ou à celles de Jeopardy, on peut se poser des questions quant à la puissance du socioconstructivisme. Or, je suis loin d’être convaincu que le rôle de l’école se limite à répondre à des questions de « culture générale ». Si l’école est plutôt vue comme le principal outil que nous ayons pour construire la société de demain et pour faire en sorte qu’elle soit meilleure que celle d’aujourd’hui, alors là, on doit admettre que de ce limiter à « acquérir des connaissances » est un brin handicapant. Certains seront sans doute un peu surpris d’apprendre que ce qui fait une science ce n’est pas uniquement une somme de connaissance, mais bien une méthode (qui peut même permettre de remettre en question des parties du cadre théorique de son champ d’études). Or, l’enseignement d’une science exige nécessairement qu’on s’attarde aussi à ses méthodes et à son fonctionnement… et non seulement aux conclusions qu’elle tire à un moment donné de son histoire. On se targue de vouloir des citoyens qui soient critiques. Comment être critique si l’on vous a appris depuis des années qu’il n’y avait qu’une bonne réponse possible à une question donnée ou si l’on vous a fait croire que les connaissances étaient objectives et fixées une fois pour toutes? L’enseignement des méthodes permet d’éviter cette embuche. Un cadre théorique avec une méthode permettra à l’étudiant de savoir comment réagir face à une nouvelle situation, à un nouveau discours ou même face à un « fait » que la science vient nuancer (pourquoi ne plus célébrer Dollard des Ormeaux?).

Si la notion de « culture générale » est quant à elle fort sympathique et qu’il est impératif que plus de citoyens puissent y avoir accès, elle est aussi un outil particulièrement utile lorsque vient le temps de déterminer qui fait partie de l’élite et qui doit en être exclu. Sans compter que celui qui a une bonne culture générale a tout le loisir de déclarer que seule cette culture générale a quelque mérite ! Et si je vous disais que la culture générale a tendance à toujours faire des exclus ? Savoir que la communauté juive est au Québec depuis la fin du XVIIIe siècle, est-ce de la culture générale ? Le saviez-vous ? Êtes-vous ignares pour autant ? Et qui était cet anarchiste assassiné dans les rues de Québec par les forces policières à la fin du XIXe siècle ? Édouard Beaudoire, ça sonne une cloche? Qui était Kondiaronk? Saviez-vous que les routes commerciales et diplomatiques des Premières Nations couvraient l’ensemble de l’Amérique du Nord? Étrangement, cette «culture générale» ne semble pas aussi importante que celle de savoir qui a été Frontenac ou ce que fit Iberville.

La culture générale est une question de choix. Un groupe décide ce qui fait ou non partie de la culture générale à acquérir et fait ce choix à même sa propre culture générale. Pourtant, ce faisant, il exclut grand nombre d’événements ou de savoirs tout aussi importants. Miser sur les méthodes, sur ce qui fait réellement une science et un champ d’étude dans l’espoir de permettre aux étudiants de construire leur culture générale et, surtout, d’être à même de réfléchir autrement que dans le seul objectif de compléter avec succès le prochain examen, voilà un mandat digne de l’école publique!