Billets avec les tags ‘Résistance’

Il y a 25 ans, Bhopal… une vidéo

9 décembre 2009

Il y a 25 ans, une trentaine de tonnes de gaz toxique s’échappait de l’usine d’Union Carbide à Bhopal. On ne sait pas combien de morts pleurer: de 5000 à 8000 morts la nuit même; et au cours des années suivantes, 20 000 autres, victimes des conséquences de l’exposition à des gaz toxiques ou à la consommation de l’eau contaminée. Des centaines de milliers de personnes souffrent de maladies du système respiratoire, immunitaire, de cancers, de problèmes ophtalmiques, gynécologiques. Encore aujourd’hui, des enfants naissent avec des malformations physiques et des déficiences mentales. On craint que le poison ait causé des dommages génétiques irrémédiables, laissant dans son sillage des générations d’enfants handicapés.


— Sylvie Joly et Louis Roy, «Bhopal, l’anniversaire oublié», LeDevoir, 3 déc. 2009.

Mme Joly nous invite à diffuser la vidéo qu’ils ont réalisée à ce sujet. Ce que je fais avec joie.

Conférence d’AbouSoufian Abdelrazik en Outaouais

20 septembre 2009

Conférence d’AbouSoufian Abdelrazik en Outaouais
Le samedi 3 octobre à 13 h : Briser le silence et mettre fin à la peur. Université du Québec en Outaouais, boul. Alexandre Taché Salle C-0416

Abousfian Abdelrazik, de retour depuis peu d’un exil forcé de 6 ans au Soudan, sera en tournée au Québec et au Canada, du 24 septembre au 15 octobre, accompagné de membres du projet Retour au bercail. Malgré le fait qu’Abdelrazik soit maintenant de retour au Canada et qu’il ait pu retrouver sa famille, son nom demeure sur la liste 1267 de l’ONU et personne n’a été tenu responsable pour les graves injustices et les violences dont il a souffert. Alors qu’il entreprend des démarches afin que sa famille et lui-même puissent à nouveau vivre pleinement dans la dignité et le respect de ses droits les plus élémentaires, le projet Retour au bercail organise cette tournée pour qu’il puisse rencontrer les gens qui l’on soutenu et raconter son histoire en personne. Plus que tout, cette tournée vise à contribuer à briser le silence et la peur, conséquences directes de l’injustice et du racisme propagés au nom de la «sécurité nationale » au Canada. Cette tournée vise à encourager toutes les personnes à se réunir, s’exprimer et résister.

Francis Jeanson (1922-2009)

3 août 2009

Le philosophe Francis Jeanson, fondateur d’un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie (réseau dit des « porteurs de valise »), est mort à 87 ans, samedi soir près de Bordeaux, a-t-on appris auprès de sa famille. Auteur de nombreux ouvrages notamment sur Jean-Paul Sartre dont il était très proche, collaborateur de la revue Les Temps modernes, Francis Jeanson est mort à la Clinique d’Arès, à 45 km de Bordeaux, a précisé son fils Olivier. (AFP)

On apprenait aujourd’hui le décès du philosophe Francis Jeanson. Le très bon Richard Seymour écrivait à son sujet un article particulièrement intéressant. Je vous invite à y jeter un oeil.

More important than any of this, though, Jeanson was one of the few in the French left who took an early and consistent stance against the French empire in Algeria. His sympathy for anticolonial struggle was evident in his preface to the first edition of Frantz Fanon’s Black Skin, White Masks. But having visited Algeria in 1948, three years after the repression of the Setif uprising (during which the communist faily L’Humanite had described the insurgents as ‘Hitlerite killers’), he set up what became known as the Jeanson Network, an alliance of leftists and avant garde intellectuals supporting self-determination for Algeria. The book Jeanson co-wrote with his wife Colette Jeanson about the FLN’s rebellion, based on their visits to Algeria, explicitly took the side of the rebels, and would provide Sartre with the ammunition to denounce the pitiless colonial system, particularly those who favoured a ‘good’ colonialism and who worried about ‘abandoning’ Algeria. The Network didn’t just passively support the uprising: it funnelled money and documents to the Front de Libération Nationale (FLN) after the group’s formation in 1954, and was important in winning thargument in the left for solidarity with the anticolonial movement. (Lenin’s Tomb, 2009-08-03)

Je suis assez attristé d’apprendre que ce grand homme vient de nous quitter… je le suis encore plus de découvrir aujourd’hui seulement son existence! Je commence sérieusement à désespérer que voir tous ces hommes courageux et ses femmes courageuses nous quitter sans véritablement être remplacé. Ce n’est sûrement pas les Bock-Côté de ce monde qui auront le courage d’analyser l’injustice, de la dénoncer et de réellement agir pour y remédier! Et ceux et celles qui ont la capacité d’analyse nécessaire à cette forme d’action… trop souvent, ce me semble, se taisent ou écrivent seulement dans des journaux que personne ne lit…

Sources :

AFP: Décès du philosophe Francis Jeanson, créateur d’un réseau de soutien au FLN
LENIN’S TOMB: Francis Jeanson RIP


Worker’s Republic… Windows and Doors

11 janvier 2009

Comme toujours, de par le monde, des mouvements ouvriers nous montrent la voie vers ce qui devraient être possible pour tous. Les travailleurs syndiqués de l’usine Republic Windows and Doors ont fait acte de résistance en décembre dernier et ont gagné!

Les victoires de nos concitoyens méritent d’être partagées et célébrées!

When the workers at Republic Windows and Doors — in Chicago, USA — were notified their factory would close in three days, they took matters into their own hands. The unionised workers seized control of the factory for six days to demand the entitlements they were owed by law. They also demanded that Bank of America, which was « bailed out » with taxpayers’ money just weeks before, make funds available to the company to pay the workers. On the sixth day, December 10, 2008, of their occupation, they won all their demands, and showed the world’s working class a classic example of people’s power.

suite de l’article : Workers’ Republic – Scenes from a successful factory occupation, LINKS, déc. 2008.

Sans résistance, il ne peut y avoir de victoire!

[MàJ : Peter Dreier dans le Monde diplomatique du mois de janvier fait un travail remarquable de présenter cette victoire du syndicat de l'usine Republic Windows and Doors. On y apprend entre autre l'organisation dont ont fait preuve les leaders syndicaux et on y découvre aussi le contexte dans lequel s'inscrit cette l'occupation de l'usine. En effet, les gestionnaires de l'usine avaient non seulement acheté une entreprise concurrent où les employés n'étaient pas syndiqués au mois d'octobre et avait même commencer à y transférer des équipements.]

Le cynisme des chiens.

16 décembre 2008

La semaine dernière, je soulignais à mes amis dans Twitter un événement plus que scandaleux. Dans une école de Marciac, dans le Gers en France. Les policiers sont intervenus en force avec leurs chiens dans une école.

Une monstruosité qu’il faut dénoncer.

Le témoignage d’un enseignant des lieux est particulièrement éprouvant. Il nous raconte entre autres que :

Parmi les jeunes, il y a des mineurs. Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! »

En réponse à cette histoire le philosophe Jacky Dahomay partage ses réflexions qui méritent d’être largement diffusées.

Le cynisme des chiens.

Le récit ahurissant fait par un enseignant du Gers concernant l’intrusion dans sa classe de gendarmes et d’un chien, m’a littéralement bouleversé. Et j’ai pleuré. De rage bien entendu. Je suis un vieil enseignant, à la veille de la retraite. Ce métier a été ma seule vocation. Je me suis toujours tenu pour le seul maître dans ma classe après Dieu (s’il existe bien entendu !) et personne n’y rentre sans mon autorisation, ni chef d’établissement, ni inspecteur, ni ministre et, à fortiori, ni gendarme ni chien. Impossible ! A moins d’un cas de force majeure grave que le chef d’établissement devra m’expliquer au préalable. Je le dis donc tout net : si une telle chose m’arrivait je donnerais l’ordre aux élèves de désobéir. Telle est mon éthique de professeur. J’estime ma mission d’enseignant plus haute que ma propre sécurité. En vérité, depuis quelques années, les enseignants s’accommodent de bien de choses inacceptables. Oublient-ils ce principe républicain qui veut que l’instruction publique vise aussi à former des citoyens incommodes ?

Comment en est-on arrivé là ? Tout se passe aujourd’hui comme s’il y avait une redoutable confusion des rôles, des institutions comme de leurs fonctionnaires .De toute évidence, au niveau des responsables de l’Etat comme au sein de la population, il y a confusion entre l’espace public propre à l’école et d’autres formes d’espaces publics ou communs. Or, l’école n’est pas publique au sens ou peuvent l’être les chemins de fer, les télécommunications ou la place du marché. Cela fait des années qu’on croit bien faire en ouvrant l’école sur l’extérieur. La rue y est rentrée, avec son lot de désagréments. Si la rue peut enrichir l’expérience, seule l’école donne une véritable instruction. Comment des vérités aussi élémentaires peuvent-t-elles avoir été oubliées ?

Admettons qu’un policier ait toute légitimité pour procéder à des fouilles dans les aéroports et dans la rue (à condition bien sûr que cela ne s’adressent pas qu’aux basanés !). Cela lui donne-t-il pour autant le droit de se substituer à l’autorité du maître dans sa classe ? On a souvent du mal à distinguer entre le maître qui impose une domination et le maître qui exerce un magistère. Et comme ce principe s’est perdu, le maître-chien, fût-il gendarme, se sent autorisé lui aussi à prendre la place de l’enseignant à l’école. Et quand un magistrat se permet de croire que la peur du gendarme introduite brutalement à l’école est ce qui préservera les élèves de la délinquance on se demande, bien que n’étant pas gaulois, si le ciel n’est pas tombé sur notre tête ! La peur et la répression ont remplacé la mission éducative de l’école. Quel échec ! Sait-on simplement que lorsque le chien et le gendarme se substituent à l’autorité du maître à l’école, c’est que les loups hurlent déjà aux portes de nos villes. Il s’ensuit en général un bruit de bottes sur les trottoirs.

Mon cœur donc gronde de colère et qu’on le laisse faire ! Il y a des moments où la raison raisonnante devient impuissante et laisse place à l’indignation. Toutefois, des chiens, préservons-nous de leur rage et de leur cynisme. J’emprunte cette expression « le cynisme des chiens » à Chateaubriand qui, dans ses Mémoires d’Outre-tombe, l’utilise pour qualifier les révolutionnaires qui, sous la Terreur, bons père de famille, emmenaient leurs enfants se promener le dimanche en prenant soin de leur montrer en passant le dada des charrettes qui conduisaient des citoyens à la guillotine. Le cynisme est dans la contradiction voulue et assumée opposant les grands principes humanitaires qu’on affiche et la pratique quotidienne du massacre de citoyens.

Aujourd’hui, nous avons affaire à une autre forme de cynisme. Dans le spectacle que donne à voir par exemple le Gouvernement actuel de la France. Le président, Nicolas Sarkozy le premier. Loin de moi l’idée de vouloir l’affilier à une quelconque gent canine. Mais son cynisme consiste à affirmer une chose et son contraire, à soutenir un ministre un jour, à le désavouer le lendemain, à parler constamment à la place de ses ministres. Dans son agitation ultra médiatisée, il procède à une véritable désymbolisation constante des institutions de la république. Il y a bien là un travail d’affaiblissement de l’autorité de ces dernières. Pour parodier Hannah Arendt, disons qu’il a y aussi perte d’autorité quand les adultes refusent d’assumer le monde dans lequel ils ont mis les enfants, les vouant ainsi à une culture de la violence. Le refus de l’éducation est l’étalage de la répression et le culte de la sécurité. On croit que la sécurité n’est qu’une affaire de police alors qu’elle réside avant tout dans le contrat liant les citoyens, contrat implicite et symbolique comme sortie de l’état de nature. C’est ce refus de l’éducation qui pousse à vouloir incarcérer des enfants de 12 ans. Reste maintenant à obliger des psychiatres à inventer une substance antiviolence qu’on inoculerait aux femmes enceintes, sans leur consentement bien entendu.

Tout cela est grave, très grave. La démocratie ne fait pas toute la légitimité d’une république. Un pouvoir tyrannique peut se mettre en place démocratiquement. L’histoire comme on sait ne se répète pas et les formes de totalitarisme à venir sont forcément inédites. Nous sentons bien qu’une nouvelle sorte de régime politique, insidieusement, se met en place. Quand, à l’heure du laitier, un journaliste est brutalement interpelé chez lui, devant ses enfants ; quand des enfants innocents sont arrachés de l’école et renvoyés dans leur pays d’origine ; quand une association caritative est condamnée à de lourdes amendes pour être venue en aide aux sans abris ; quand….Même si nous n’avons pas encore tous les éléments théoriques permettant de penser ce régime inédit, il se présentifie déjà avec des signes certains de la monstruosité. Face à tout cela, le PS, principal parti d’opposition, se déchire lamentablement. L’heure serait-elle venue, pour nous enseignants du moins, d’entrer dans la désobéissance civile ?

Je ne parle peut-être pas d’outre tombe mais je suis d’Outre-mer. Comme beaucoup d’Antillais, j’ai aimé une certaine France malgré l’esclavage et la colonisation, malgré Vichy et la collaboration. Cette France qui à deux reprises, a su abolir l’esclavage, celle qu’on a cru ouverte aux Droits de l’homme et aux valeurs universelles. Celle dont l’école, malgré ses aspects aliénants pour nous, a su donner le sens de la révolte à un Césaire ou à un Fanon. Qu’il faille dépoussiérer cette vielle école républicaine ne signifie pas qu’on doive la jeter avec l’eau du bain. Est aussi à réviser cette identité républicaine hypocrite qui a du mal à s’ouvrir à la diversité. Et quand on constate que monsieur Brice Hortefeux, ministre de cet affreux ministère de « l’intégration, de l’identité nationale et de l’immigration », aux relents franchement vichyssois, se permet de réunir, à Vichy précisément, les ministres européens chargés des questions d’immigration on peut légitimement penser qu’il y a là une continuité conservatrice inquiétante. Ce ministre rend visite le 10 décembre au Haut Conseil à l’intégration. Je n’y serai pas. J’annonce ici publiquement ma démission du HCI. Cette France qui vient ou qui se met en place sournoisement, je ne l’aime pas. Devrions-nous alors, d’Outre-mer, faire dissidence ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr en tout cas c’est que la plus grave erreur serait de se dire, comme à l’accoutumée, que les chiens aboient et que la caravane passe.

Jacky Dahomay. Professeur de philosophie à la Guadeloupe
Démissionnaire du Haut Conseil à l’Intégration

George Orwell de Marrakech

9 octobre 2008

Dommage que les blogues n’existaient pas en 1938, le texte écrit par George Orwell dans son journal en date du 9 octobre aurait mérité grand nombre de commentaires de ses contemporains.

Orwell dresse en quelques mots un portrait éloquent de Marrakech (où il se soignait, je crois), des population arabe, juive, touarègue et européenne qui y habitaient et des préparatifs à l’éminente guerre. un magnifique portrait de la réalité coloniale des années 30.

After the crisis was over everyone here showed great relief and was much less stolid about it than they had been during the trouble itself. Educated Frenchwoman in official position, known to us personally, writes letter of congratulation to Daladier. It is perfectly evident from the tone of the press that even in the big towns where there is a white proletariat there was not the smallest enthusiasm for the idea of going to war for the sake of Czechoslovakia.

[...] The French authorities enroll a sort of special constables°, a force known as the surete°, who are armed with truncheons and called out when criminals are to be rounded up. I have not yet got reliable particulars, but it appears that either these or the regular police can summarily order flogging of thieves etc. and that savage floggings have been administered without trial.

Have seen a good many of the Foreign Legion. Do not look very dangerous ruffians. Almost universally poor physique. Uniforms even worse than those of the conscripts.

Je vous invite à découvrir ce texte sur le blogue d’Orwell, 70 ans plus tard.

Une société qui passe du militarisme à la militarisation

26 septembre 2008

La série Ideas de la radio de CBC est souvent particulièrement intéressante parce qu’elle nous offre la possibilité d’explorer des questions en prenant le temps qu’il faut pour mieux cerner leur problématique.

Récemment, Ideas consacrait 2 heures sur le passage du militarisme à la militarisation des sociétés occidentales[1]. Mary O’Connell fait un travail remarquable de lier les thèses de Arendt et des exemples récents des militarisations de nos sociétés (l’apparition des uniformes et des pratiques de «lock down» dans nos écoles ou l’omniprésence des caméras de surveillance) avec ce que vivent nos écoles, l’expérience de Milgram et les écrits récents du pédagogue critique Henry Giroux.

The Surveillance Society. The New Authoritarianism. The Age of Paranoid Politics. These are just a few of the ways writers and thinkers describe the age we’re now living in. The signs of anxiety and fear in this post 9-11 era are all around us. School lock-downs are called the new fire-drill. Recently, many schools boards in Canada made rehearsing the lock-down mandatory. The number of security staff in schools is increasing every year. By 2010 for example, there will be more security guards than teachers in American schools. But, the uniforms aren’t just being worn by security staff. More and more American public schools have adopted uniforms for students. Meanwhile the U.S. army is embedding itself in schools – targeting younger and younger students for recruitment. In Canada recruitment comes through video games that inform, entertain and seduce “action-focused males starting at 17 years old”.

— Mary O’Connell, «The Suspect Society», Ideas, CBC radio.

Lors d’un voyage en autobus ou d’un aller retour à l’épicerie, payez-vous le luxe d’écouter ne serait-ce que le premier épisode (disponible ICI et dans iTunes)[2].

Notes

[1] Mary O’Connell, «The Suspect Society», Ideas, CBC radio.

[2] Si vous peinez à trouver une version de cet épisode, faites-moi signe, je vous l’enverrai.

Foucault au sujet de la déviance…

23 septembre 2008

Pour faire suite à mon billet précédent[1], je me permets de rappeler que Michel Foucault a aussi un travail exceptionnel sur l’importance justement des mesures mises place depuis le Moyen Âge pour « réguler » la déviance et voir au maintien de l’ordre public.

Dans Surveiller et punir, il écrivait par exemple :

L’adversaire du souverain, puis l’ennemi social s’est transformé en un déviant, qui porte avec lui le danger multiple du désordre, du crime, de la folie. Le réseau carcéral couple, selon les relation multiples, les deux séries, longues et multiples, du punitif et de l’anormal. (p. 351)

Il convient par exemple de se rappeler que Pancho Villa, héro de la Révolution mexicaine, était essentiellement, avant le Révolution, un bandit de grand chemin, un bandit qui serait enfermé dans n’importe quelle société du monde.

Ajoutons à cette notion de déviance l’importance de la Normal et de la discipline :

La discipline fabrique des corps « dociles ». La discipline majore les forces du corps (en termes économiques d’utilité) et diminue ces mêmes forces du corps (en termes politiques d’obéissance). D’un mot: elle dissocie le pouvoir du corps; elle en fait d’une part une « aptitude », une « capacité » qu’elle cherche à augmenter; et elle inverse d’autre part l’énergie, la puissance qyu pourrait en résulter, et elle en fait un rapport de sujétion stricte. (p. 162)

Toujours pour rester dans la sphère foucaldienne, un petit exercice:

  • Identifions des situations quotidiennes où l’on compare un individu, ses comportements ou ses productions à une norme étalon.

To be a hero, you have to learn to be a deviant!

23 septembre 2008

J’adore la psychologie sociale! Elle nous offre tant d’outils pour comprendre notre monde et comprendre le rôle que nous y jouons… souvent malgré nous. Elle nous rappelle que nous sommes des êtres résolument sociaux, des êtres qui sont issus de nos communautés, influencés pour notre monde et qu’il est primordial de tenir compte de cette réalité lorsque vient le temps d’étudier les comportements humains.

Comme j’en ai parlé ailleurs[1] [2] [3], la psychologie sociale nous offre des outils d’une puissance hors du commun pour bien cerner les dangers de réduire, comme nous le faisons trop souvent, nos actions à notre seule responsabilité individuelle. Au cours des dernières décennies, le mouvement de psychologisation aura fait de la psychologie traditionnelle une sorte de PacMan gobant tout sur son passage, réduisant nos sociétés à de simples amalgames d’actions individuelles sans égard à l’influence du contexte sur nos actions. On a fait — et faisons toujours — grand cas de l’ordre, de la norme et de l’importance de ces concepts pour assurer la paix sociale de nos sociétés modernes. Ce n’est pas sans raison que ces concepts sont fort appréciés par la droite conservatrice. En effet, ces mêmes concepts ont aussi comme revers les dangers de l’obéissance, de la soumission ou plus simplement du conformisme.

La psychologie sociale sert de remède à ces maux et aux dangers qui leur sont inhérents. Elle nous apprend que le contexte a, malgré nous, une incidence majeure sur les décisions que nous prenons. Elle nous apprend aussi les dangers qu’un enseignant, un travailleur social ou un policier fait courir à la société lorsqu’ils usent de son pouvoir pour faire régner l’ordre ou plus simplement la norme. Ces apprentissages sociaux que nous valorisons risquent, et la démonstration scientifique a été plus que faite, de nourrir l’indifférence, l’apathie, voire même l’obéissance servile chez des individus autrement doter de raison et de convictions. L’histoire nous montre les conséquences désastreuses de la servilité.

Encore une fois, une conférence de la TED illustre mon propos. Malgré que le conférencier est par trop ancré dans des concepts judéo-chrétiens un peu démodés, il montre magnifiquement les dangers de la soumission librement consentie et l’importance d’enseigner ses dangers. Le chercheur termine en effet son allocution à lançant un : « To be a hero, you have to learn to be a deviant, because you’re always going against the conformity of the group. » qui devrait résonner chez tous ceux et celles qui ont à cœur un système d’éducation qui saura faire des citoyens éclairés et actifs.

Attention : la section traitant d’Abu-Graïb demeure difficile à regarder malgré les coupures de la TED


Vous connaissez la chanson de Bécaud, L’Indifférence ?

Poème de Charkaoui, anniversaire de Harkat.

6 septembre 2008

Qu’est-ce qu’un certificat de sécurité ?
Un certificat de sécurité,

C’est le droit d’être traité selon les normes du non-Droit,

C’est la Justice à deux vitesses,

C’est la préséance de l’ex-parté et du huis-clos, 

C’est la Loi au service du Service[1]!
Un certificat de sécurité,

C’est le pen, le trou et les « scrous »,

C’est la visite contact sans contact,

C’est la vitre qui sépare des être chers,

C’est le « deadlock »[2], la solitude. et respirer la pourriture.
Un certificat de sécurité,

C’est être mineur à trente ans,

C’est le petit fonctionnaire constipé qui devient inquisiteur,

C’est l’inquisiteur imbu de lui-même ayant des airs de tortionnaire,

C’est la culpabilité d’être né ailleurs!
Un certificat de sécurité,

C’est Big brother à la maison,

C’est la télé réalité sans coupure publicitaire,

C’est dehors dehors l’immigré,

C’est tais-toi et encaisse!
Un certificat de sécurité,

C’est tout ça mais pas seulement ça,

C’est Hassan et Mahjoub et leur grève de la faim,

C’est Sophie Harkat sans Harkat,

C’est Jaballah1et Jaballah2!
Un certificat de sécurité,

C’est cette mélancolique litanie d’un candidat à la torture,

C’est être musulman au pays de Chrétien, 

C’est la bêtise humaine avec des allures de sagesse,

C’est moi aujourd’hui toi peut-être demain!

Adil CHARKAOUI

La lutte doit continuer pour ces hommes qui font l’objet de mesures extraordinaires où il n’ont tout simplement plus droit aux simples droits que leur confère l’Habeas Corpus…

Le 6 août dernier, ce fut l’anniversaire de naissance de M. Mohamed Harkat. Il a 40 ans. Il s’agit sans doute d’une bonne occasion, un mois plus tard, alors qu’une célébration se déroule en son honneur à Ottawa, d’écrire à notre député fédéral pour qu’il adresse ses meilleurs vœux à l’un de ses pensionnaires.

Notes

[1] Terme désignant le S.C.R.S. dans les documents de la Cour fédérale

[2] Le pénitencier, le cachot, les gardes et l’enfermement dans le langage carcéral au Canada