Dans l’édition du Devoir de ce week-end (2009-11-07), on peut lire une critique particulièrement dithyrambique de la télé-série Apocalypse qui prendra l’antenne dans les prochaines semaines au Québec.
Étonnamment, les journalistes du Devoir semblent avoir réussi à passer à côté d’une réelle critique historique de cette oeuvre qui se veut documentaire. Je dis étonnamment parce que, depuis quelques mois, LeDevoir s’amuse à prendre position dans un débat entre l’histoire comme science et l’histoire comme récit ou narration (voir à ce sujet les textes récents traitant des écrits de Courtois ou de Comeau).
Or, cette série télévisée, qui semble vouloir dresser un portrait exhaustif des années de conflits entre 1939 et 1945, est loin de faire unanimité sur la forme et sur le fond. L’historien Lionel Richard décrie en ce sens cette série qui «donne à voir, mais pas à réfléchir. »
Sa principale critique, outre les erreurs et les omissions de ce « documentaire » — comme ce passage où les auteurs affirment que la Conférence de Yalta aurait marqué le début de la Guerre froide, alors que les Alliés y mettent en place les derniers préparatifs pour l’assaut ultime contre Hitler ; ou cet autre qui affirme que l’auteur Thomas Mann aurait été complètement indifférent à la montée du fascisme en Allemagne ; ou encore cet autre qui dénonce le viole « systématique » des femmes allemandes par les troupes soviétiques —, c’est précisément qu’il donne dans le spectacle et non dans l’histoire.
À ce titre, Richard rappelle qu’il n’existe pratiquement aucune image de la Deuxième Guerre mondiale qui ne soit issue de la propagande. En effet, comment un cinéaste aurait pu prendre les images saisissantes que présente Apocalypse si ne n’est parce qu’il fut autorisé à le faire dans un dessein de convaincre les masses du bien-fondé des actions de part et d’autre. La critique des sources, n’est-ce pas là le b.a.-ba de la méthode historique?
Richard affirme enfin :
« À quoi bon une nouvelle composition documentaire si elle vise, avant tout, à séduire visuellement? Sous peine de racolage médiatique, l’essentiel est d’obtenir que les images en question, sorties de leur fonction initiale de propagande, complètent impartialement, pédagogiquement, les connaissances déjà solidement acquises. Apocalypse en est loin. Les recherches universitaires sont à la fois plus sûres et plus avancées que les données apportées par l’ensemble de ses épisodes. Du reste, aucun historien, en qualité de conseiller ou consultant, ne figure à son générique. […] Oui, trop d’entorses aux faits dans cette série, d’insinuations non justifiées, d’omissions, pour qu’on puisse admirer sans réserve la somme d’informations qu’elle véhicule. »
En niant les rudiments de l’histoire comme science, ce sont les nuances qui prennent le bord ! Or, l’histoire est une science tout en nuance et, à trop simplifier, on risque de dangereuses dérives !
Apocalypse semble donc avoir toutes les caractéristiques d’un spectacle monté pour la télévision, dans le seul objectif d’en mettre plein la vue aux téléspectateurs et donc d’assurer des revenus aux chaines qui la diffuse. Toute réelle réflexion historique ou même critique semble évacuée. Il est bien dommage que les journalistes du Devoir n’aient pas pris la peine de mettre en garde contre les dérives aussi évidentes de cette série.
À lire donc : Lionel Richard, « Apocalypse » ou l’histoire malmenée, Le monde diplomatique, novembre 2009, page 3.

